25/08/2006

La poupée sanglante, et la machine à assassiner

Deux romans de Gaston Leroux, nous racontant l’histoire de la poupée sanglante que vous avez sûrement vue à la télévision durant les années 80 en 6 épisodes en début d’après-midi. (voir ICI)
Benedict Masson, est relieur en île Saint-Louis. Il est laid, il fait peur à tout le monde, et pourtant c’est un poète à l’âme sensible. En face de son atelier, il y a le vieux Norbert, l’horloger, qui avec sa fille Christine et son futur gendre Jacques, travaillent à des travaux scientifiques mystérieux. Certains disent que le vieux Norbert travaille au mouvement perpétuel.
Christine est vraiment très belle, et elle plait beaucoup à Benedict Masson qui bien sûr à cause de son infinie laideur n’ose pas lui adresser la parole. Alors il l’espionne depuis son atelier. Il va vite se rendre compte que la belle reçoit chez elle un drôle d’individu quand son père et son fiancé ne sont pas là. Il sort de son armoire, elle le prend par le bras, l’embrasse et lui chuchote à l’oreille des mots doux. Benedict est furieux de jalousie car l’homme est bien beau, même trop beau, et il est aussi déçu par cette femme qui trompe son fiancé de manière aussi odieuse.
Mais il ne dit mot.
Christine un beau jour vient voir le relieur. Elle lui dévoile son amour pour sa poésie, et lui propose de venir travailler avec elle chez le marquis de Coulteray dans sa bibliothèque, car il a eu envers elle un geste déplacé, et elle se sentirait beaucoup mieux avec Benedict à ses côtés…Il est tellement laid ce Benedict que l’on ne craint rien. Et pourtant une rumeur circule. Benedict Masson engage dans sa résidence secondaire des jeunes filles pour les initier à la reliure. Mais Benedict est très malheureux car elles s’enfuient toutes au bout d’un jour. Est-il si laid que ça ? Si laid qu’elle fuient aussi loin que même leur propre famille ne les retrouve pas !?!
Chez le marquis, il y a aussi la marquise. Une drôle de femme celle là aussi. Elle a un comportement bizarre, le teint blafard. On dit qu’elle est très malade, très affaiblie, mais on dit aussi qu’elle a très peur du marquis.

27/05/2006

Love Creeps D’Amanda Filipacchi

Lynn Gallagher, une des galeristes les plus influentes de New york a deux problèmes, elle est suivie par ce que les américains redoutent en ce moment et qu’ils appellent un « stalker » à savoir un traqueur. Un bonhomme bizarre la suit partout sans discrétion aucune : Alan. Le second problème qui la préoccupe, sans doute même plus que le premier, est qu’elle n’a plus aucune envie, envie de rien, et elle va finir pas quand même envier son traqueur (c’est déjà un début) d’avoir le visage rayonnant de bonheur et de désir pour elle. Son assistante Patricia va donc encourager Lynn à traquer elle aussi un homme…Mais Lynn qui n’a toujours envie de rien ne désire aucun homme, elle va néanmoins la pousser en lui disant que « peut être que pour avoir envie de quelqu’un il faut d’abord le suivre ». Et c’est ce qu’elle va faire. Elle va sortir, choisir un homme un hasard et commencer à le suivre. Cela va tomber sur Roland, homme d’affaire d’origine française, plutôt pédant qui va vite se trouver agacé par cette histoire de filature grotesque. Alan envoie des petits mots à Lynn :« A mon petit nounours empoupouté. Je vous empoupoute », il lui envoie aussi des lingeries et autres douceurs. Lynn se dit alors qu’elle doit faire de même en tant que traqueuse, mais vite lassée de ses mots insipides qu’elle ne sait pas écrire, elle s’empresse de recopier les même mots que ceux qu’elle reçoit, de telle sorte que Roland va recevoir lui aussi être un « nounours empoupouté ».
Ray le SDF du quartier est un ancien psychologue, il aimait tant son métier et se passionnait tant pour ses patients qu’il finissait par les harceler au téléphone toutes les heures pour savoir comment ils allaient, c’est ainsi qu’il se retrouva sans clientèle, et finalement SDF. Et c’est avec une curiosité qui le dévore qu’il va regarder passer cette troupe : Alan qui suit Lynn qui suit Roland, se retenant de leur demander ce qui se passe et pourquoi ils font ça. Le manège de Lynn agace aussi Alan qui va vite tenter de partager les parties de squash de Roland afin de savoir qui il est et comment il perçoit sa traqueuse. C’est là que Roland va lui montrer les petits mots ridicule qu’elle lui envoie, ainsi que les lingeries qu’elle lui promet de mettre pour lui…Alan est furieux que sa traquée utilise ses mots et ses cadeaux pour son traqué…

Voilà comment commence ce roman complètement surréaliste d’Amanda Filipacchi, qui met en scène des personnages cocasses mais au fond fragiles, qui nous entraînent dans une réflexion sur la séduction, la confiance en soi, et le désir.
C’est assez drôle, on a pas le temps de s’ennuyer, donc si vous avez une petite envie de légèreté je vous le conseille.
Incipit :

« Lynn traquait. Elle s’était mise à traquer pour raison de santé, mais le remède se révélait moins efficace qu’escompté. Lynn était en parfaite santé physique, c’était sa santé mentale qui laissait plutôt à désirer.
A trente deux ans, d’un seul coup, elle avait perdu toute envie. C’était la première fois que cela lui arrivait, et ses envies lui manquaient. Personne autour d’elle n’avait envie de rien. Elle avait fini par envier tous ceux qui avaient encore envie. C’était moins l’objet précis de leur envie qui lui faisait envie, que son intensité. Voilà pourquoi elle enviait par-dessus tout le type qui, vu qu’il ne la lâchait pas d’une semelle, devait avoir très envie d’elle.
A l’évidence, il ne souffrait pas du même problème mental que Lynn. Plutôt du problème inverse. Mais Lynn , comme la plupart des gens, pensaient bêtement que tout problème inverse au sien était forcément enviable, alors elle l’enviait. Et parce qu’elle l’enviait, elle l’imitait. »

« Farce trépidante, surréaliste et sexy sur la peur et la séduction à Manhattan, un endroit où tout le monde espionne tout le monde, « Love creeps » relève à la fois de la comédie à suspense et du traité philosophique sur la névrose amoureuse. C’est de loin le roman le plus drôle et le plus abouti d’Amanda Filipacchi » Bret Easton Ellis

09/01/2006

Lunar Park de Bret Easton Ellis

Le livre commence sur les frasques de Bret easton Ellis, nous racontant combien sa vie baigne dans la coke et l’alcool, comment il se laisse traîner comme un poids mort sur une chaise roulante de librairie en librairie pour la promo de son bouquin « Glamorama » la cloison nasale défoncée par la coke. Puis une relation avec l’actrice de cinéma Jayne Dennis… Elle dit être enceinte de lui. Cet enfant grandit, il a une dizaine d’années, et évolue sous médicaments pour le calmer comme sa petite sœur Sarah. Cela fait 3 mois que Bret a intégré cette famille riche et célèbre quelque peu perturbée, il a du mal à se faire une place. Il a promis à sa femme Jayne qu’il était devenu clean, mais il replonge vite dans l’alcoolisme et la cocaïne. Son fils l’ignore tout simplement, Sarah le regarde avec curiosité, le chien Victor le hait. Halloween… Le couple donne une fête très chic qui dérape un peu à cause de quelques étudiants qui se sont invités tout seuls.La petite Sarah débarque au milieu de la fête et dit à son père que son Terby (une peluche affreuse type furby) n’est pas content à cause du bruit, qu’il l’a griffée, bref qu’il est vivant et qu’il lui fait peur. Tout dégringole à partir de là, cette peluche est menaçante, griffe les portes, marche toute seule, pue la pourriture, il y a une fausse tombe avec le nom de son père écrit dessus dans le champ en contre bas de la maison, quelque chose semble en être sorti…la maison pèle… il voit circuler la Mercedes blanche de son adolescence…des garçons de l’âge de son fils disparaissent de façon mystérieuse, la moquette pousse, Patrick Bateman est sorti de son livre American Psycho et tue à l’identique… Est-ce un délire de drogué alcoolique ? est –ce que tout est vrai ? Bret Easton Ellis a mis du vrai dans son livre puiqu’il se veut introspectif et biographique en partie, mais se refuse à nous éclairer…cela dit on n’a pas trop de mal à faire la part des choses. Je ne vous en dis pas plus, si ce n’est : courrez lire ce livre de toute urgence !(Pour ce qui est de l’extrait suivant, le narrateur, Bret Easton Ellis est invité chez ses voisins avec sa femme, et alors qu’il fume avec les autres maris autour de la piscine, pendant que les femmes préparent le dessert, il jette un œil vers sa maison et remarque une silhouette étrange à l’étage)

Extrait: « Je me suis concentré sur la maison, d’abord sur la salle multimédia, mais c’est alors qu’une ombre derrière la fenêtre de la chambre à coucher a attiré mon attention.Presque aussitôt elle a disparu.« Ecoute, je ne suis pas vraiment partisan d’une discipline stricte, déclamait un des pères, mais je fais tout pour qu’il se sente responsable de ses erreurs. »Je ne tenais plus en place sur la chaise longue, les yeux rivés sur le premier étage.Il n’y avait plus aucun mouvement. Les lumières étaient toujours allumées, mais plus d’ombre en vue.Je me suis légèrement détendu et j’étais sur le point de me mêler à la conversation quand une silhouette est passée à toute vitesse derrière la fenêtre. Et puis elle est repassée, accroupie, comme si elle ne voulait pas être vue.Je ne distinguais pas qui c’était, mais elle avait l’allure d’un homme et elle portait ce qui ressemblait à un costume.Et elle a disparu de nouveau.Involontairement, mon regard s’est porté vers Robby et la baby sitter et Sarah.Mais peut être que ce n’était pas un homme, me suis-je dis machinalement. Peut être que c’était Jayne.Troublé, je me suis redressé et j’ai tendu le cou pour regarder du côté de la cuisine des Allen, où Nadine et Sheila garnissaient des bols de framboises, et Jayne était debout devant le comptoir et montrait quelque chose à Mimi Gardner dans un magazine, et toutes les deux riaient.J’ai lentement sorti mon portable de la poche de mon pantalon et j’ai appuyé sur un numéro mémorisé.J’ai vu le moment précis où la tête de Wendy a émergé du livre qu’elle lisait à Sarah, et elle s’est levé avec elle pour aller jusqu’au téléphone sans fil près de la table de billard. Wendy a attendu que la personne qui appelait laisse un message.La silhouette est apparue de nouveau. Et elle était maintenant au beau milieu de la fenêtre, sans bouger. Elle s’était arrêtée en entendant le téléphone sonner.« Wendy, c’est Mr Ellis, décrochez » ai-je dis sur le répondeur.Wendy a immédiatement mis le combiné à l’oreille, en faisant passer Sarah sur l’autre bras.« Allo ? »La silhouette regardait fixement en direction du jardin des Allen.« Wendy, vous avez un ami avec vous ? »J’ai balancé une jambe- j’avais des fourmis- hors de la chaise longue et j’ai regardé la salle multimédia, les trois qui s’y trouvaient, oublieux de qui pouvait être à l’étage.« Non, a répondu Wendy en regardant autour d’elle. Il n’y a que nous. »Je me suis levé et j’avançais, un peu titubant en direction de la maison, le sol se dérobant sous mes pieds. « Wendy, sortez les enfants de là, d’accord ? »La silhouette était toujours debout devant la fenêtre, éclairée de dos et donc centrée.J’ai ignoré les questions des hommes derrière moi qui voulaient savoir où j’allais et j’ai marché le long de la maison des Allen, ouvert un portail, et je me suis retrouvé sur le trottoir, d’où je pouvais toujours voir la fenêtre à l’étage à travers les ormes nouvellement plantés le long d’Elsinore Lane.En approchant de la maison, j’ai soudain remarqué la 450 SL crème garée devant .C’est à ce moment là que j’ai vu la plaque d’immatriculation.« Mr Ellis, qu’est ce que vous voulez dire ? sortir les enfants de la maison ? qu’est ce qu’il y a ? »A cet instant, comme si elle avait écouté la silhouette s’est éloignée et a disparu.Je me suis figé incapable de parler, puis j’ai avancé sur l’allée en pierre qui menait à la porte d’entrée.« Wendy, je suis devant la porte d’entrée. Sortez avec les enfants immédiatement. Immédiatement. »Victor ne cessait d’aboyer depuis le fond du jardin, puis les aboiements se sont transformés en hurlements.J’ai frappé à la porte jusqu’à ce que je mette des grands coups de poing.Wendy a ouvert, effarée, Sarah dans ses bras, qui a souri quand elle m’a vu. Robby était derrière elle alarmé et pâle.« Mr Ellis il n’y a personne d’autre que nous dans la maison… »Je l’ai écartée et je suis allée jusque dans mon bureau où j’ai ouvert en quelques secondes mon coffre pour prendre mon pistolet, un petit calibre 38 que je gardais là, et puis, un peu pris de vertige à cause de l’herbe, je l’ai glissé dans ma ceinture, pour ne pas effrayer les enfants. Je me suis dirigé vers l’escalier mais arrêté en passant dans la salle de séjour.Les meubles avaient été encore une fois déplacés et des empreintes de couleur cendre couraient en tous sens sur la moquette. « Mr Ellis, vous me faites peur. »Je me suis retourné. « Sortez les enfants tout va bien. Je veux juste vérifier quelque chose. » je me suis senti un peu plus fort en disant ça, comme si je contrôlais une situation qui m’échappait probablement. La peur s’était transformé en lucidité et calme ce qui était l’effet de l’herbe de Mark Huntington, ai-je compris par la suite. Sans quoi je n’aurais jamais agit aussi imprudemment ou même simplement pensé affronter quiconque se trouvait dans la chambre à coucher. Ce que je ressentais en montant les escaliers, c’était : je m’attendais à ça. Cela faisait partie du récit. L’adrénaline m’envahissait, mais je faisais des pas lents et décidés. Je tenais fermement la rampe la laissant jouer son rôle dans mon ascension, avec une sensation tellement neutre que j’aurais pu tout aussi bien être en transe.Au sommet de l’escalier je me suis engagé dans le couloir sombre et silencieux qui conduisait à la chambre à coucher. Mes yeux se sont rapidement adaptés à la pénombre et le couloir a pris une teinte violacée. La force qu’il fallait pour avancer dans ce couloir provenait uniquement d’une panique croissante.« Hello, ai-je clamé dans l’obscurité, la voix un peu cassée. Hello ? »Une applique a clignoté et puis s’est éteinte au moment où je passais devant. Même chose pour la suivante.Et puis, j’ai entendu quelque chose. Une sorte de glissement. De l’autre côté de la chambre à coucher et, dans l’interstice entre le bas de la porte et le sol, le raie de lumière s’est éteint.Et puis, j’ai entendu distinctement un gloussement.Je n’ai pu m’empêcher de gémir.Derrière la porte, le gloussement continuait. Mais c’était un gloussement dénué d’humour.

03/01/2006

Vacances anglaises

Un roman de Joseph Connolly, qui raconte les vacances de deux familles anglaises.
Elizabeth désire faire un break, et partir en vacances, son mari Howard les lui offre volontiers mais cède aussi volontiers sa place à une jeune maman un peu démunie, amie de la famille. Bien évidemment sa voisine londonienne Dotty veut se joindre au voyage et veut elle aussi rejoindre Elizabeth sa chère amie sur la côte anglaise dans cet hôtel si chic. Sauf que Brian n’a plus de travail et tout ce qu’ils ont ce sont des dettes. Ils pourront peut être aller en vacances à condition de se priver de tout, y compris de l’hôtel qui sera remplacé par une caravane. Grosse déception de Dotty…en tout cas il est hors de question que les autres le sache bien entendu !Michel Blanc a transposé cette histoire au cinéma sous le titre de « embrassez qui vous voudrez ». Snobisme, adultère, mensonges, quiproquos, humour noir comme on l’aime, je ne saurais que trop vous conseiller cette lecture, très drôle, ainsi que sa suite qui se déroule en période de fêtes de fin d’année « N’oublie pas mes petits souliers ».

Extrait de «Vacances anglaises »
« je ne peux pas », fit-elle dans un souffle. Puis, plus fort : « je ne peux pas, ça n’est pas possible. Je ne peux rien mettre de tout ça. Que veux tu que je, je ne peux rien porter de tout ça, je ne peux pas ce n’est pas possible. Brian, tu y vas sans moi. Tu y vas sans moi. Je ne peux pas encore porter ce truc bleu, Elizabeth le connaît par cœur.-Ne sois pas sotte, amour, lança Brian depuis la salle de bain. Et le petit tailleur rouge ? Tu es toujours très mignonne avec .-Mais c’est justement ça l’horreur, je suis toujours très mignonne avec…oh, grands dieux Brian, il me faut absolument des affaires neuves sinon je meurs. »« Tu connais la situation », dit-il d’un ton posé. Inutile de se lancer dans une joyeuse tyrolienne sur le mode allons-remets-toi-ma-grande-ça-va-aller, car Dotty, les yeux relativement humides, l’avait déjà rejoint dans la salle de bains.« ce que vous les hommes, n’avez jamais l’air de comprendre, Brian, c’est que – oh, non, mais regarde-toi ! Regarde-toi ! mais qu’est ce que tu as fais, là ? »Brian brandissait de la main gauche un petit miroir circulaire en chrome (une face normale, une face grossissante), et sa main droite, armée de ciseaux, piochait sur sa nuque, tandis qu’il essayait d’entrevoir ce qu’il pensait faire dans le miroir de la porte entrouverte de la pharmacie.« Je rafraichi un peu tout ça, dit-il,-oh non, dire qu’on en est là ! gémit Dotty. Tu te coupes les cheveux toi-même, maintenant. Mais pourquoi tu te coupes les… ? Regarde ce que tu as fait ! Regarde ça ! Il y a un trou énorme, là… !-Derrière, c’est un peu difficile, pour ne rien te cacher.-Mais Brian, tu n’es pas coiffeur, si ? Tu n’es même pas capable de couper un morceau de bois d’équerre, alors des cheveux ! J’ai failli me casser le poignet, en essayant d’ouvrir ce placard pourri que tu as inventé »Brian plissa les yeux, puis les ciseaux fondirent sur un petit épi de cheveux qu’il avait localisé, très probablement, au-dessus d’une de ses oreilles (laquelle, c’était dur à dire, avec les miroirs et tout ça), mais sa main avait bougé (le miroir rond devenait un peu lourd au bout d’un moment) et Dotty occultait partiellement la glace à pharmacie, de sorte que, bordel de bordel, il ne voyait plus et faillit se poignarder la tête.« Bon écoute, fit-il, ses yeux effectuant une quasi-révolution dans leurs orbites, mort d’angoisse de voir dans quel état était sa raie à présent car, s’il avait déjà fait ce côté là, il voulait bien se faire sodomiser s’il ne lui paraissait pas quand même plus long que cette touffe qu’il n’avait pas encore réussi à sacrifier. Je te l’ai déjà dit, Dotty, amour- à partir de maintenant, c’est « économies » le maître mot. »

21/10/2005

Andreas Gursky

Photographe né en 1955 à Leipzig, formé dans des écoles prestigieuses à une créativité dans la lignée de celle du Bauhaus. Son travail sur de très grands formats s'attache à dépeindre une certaine dialectique, la dualité entre le gigantesque et le minuscule, l'impersonnel et le personnel, le lointain et le proche...Dans des compositions rigoureusement simplifiées, les lignes pures des constructions se trouvent en contraste violent avec le grouillement, la masse compacte des hommes rendus anonymes, déshumanisés par le cadrage.
(cliquez sur les photos pour les agrandir)




20/10/2005

Mon chien Stupide

Un roman de John Fante (1909/1983)Fils d’immigrant italien né en 1909 il commence très jeune à écrire notamment pour le magazine « American Mercury » dirigé par H.L.Mencken avec qui il se liera vite d’amitié. En 1933 son premier roman « La route de Los Angeles » a du mal à se faire éditer, et ce n’est que 5 ans plus tard que sortira « Bandini ». De 35 à 66 il travaille à l’écriture de scénarii à Hollywood. Dans ses romans on retrouve souvent sa propre histoire d’immigré italien, ses vagabondages à Hollywood , sa famille…la difficulté de l’écriture.
Mon chien stupide raconte l’histoire d’un scénariste qui découvre un soir d’orage un chien énorme couché sur sa pelouse. La famille horrifiée par ce chien dégoûtant presse le narrateur de s’en débarrasser le plus tôt possible. Mais l’homme va se découvrir une passion soudaine pour le chien.Un livre cynique, drôle et ironique.
Extrait :« Aussitôt mon cœur s’est emballé, et j’ai compris que cet affrontement était ma seule raison d’amener Stupide à la plage. J’ai regardé Jamie. Son visage était congestionné, ses yeux scintillaient. Le seul de nous trois qui n’était pas conscient de la menace imminente était Stupide. Apparemment, son odorat était aussi médiocre que sa vue, car il plastronnait sans voir Rommel, sa grande langue battant ses babines, un sourire béat sur son visage d’ours.Rommel avançait d’un pas furtif et menaçant, la queue tendue à l’horizontale, le poil légèrement hérissé. Brusquement, il a lâché un grognement terrifiant qui a mis fin aux jappements et autres aboiements le long de la rue. Le roi avait parlé, un silence angoissé régnait. Stupide a dressé les oreilles quand ses yeux ont découvert Rommel à trente mètres devant lui. Il a bondi en avant pour nous faire lâcher son collier, et nous l’avons retenu quelques secondes avant de le libérer. Il ne s’est pas accroupi comme son rival teuton. Non, il a marché vers la bataille la tête haute, le panache de sa queue fournie oscillant comme un drapeau au-dessus de son arrière train.J’ai eu l’impression d’assister à un duel dans l’Ouest sauvage. Jamie léchait ses lèvres. Mon cœur battait la chamade. Nous nous sommes arrêtés pour regarder.Rommel a frappé le premier, enfonçant profondément ses crocs dans la fourrure de la gorge de Stupide. Autant mordre un matelas. Stupide s’est libéré, dressé sur ses pattes arrière, tel un ours, utilisant ses pattes avant pour tenir le Teuton à distance. Rommel aussi s’est dressé sur ses pattes arrières ; gueule contre gueule, ils ont essayé de se mordre[…]Il a frappé plusieurs fois , mais sans pouvoir s’accrocher. A ma grande surprise, Stupide ne mordait pas. Il grondait, ses mâchoires claquaient, il rugissait pour égaler les rugissements de Rommel, mais de toute évidence il voulait seulement se battre, et pas tuer. Il était de la même taille que Rommel, mais son poitrail était plus puissant et ses pattes frappaient comme des massues.Après une demi-douzaine de charges, le match nul semblait inévitable, et il y eu une pause momentanée dont les chiens ont profité pour se jauger. L’alerte Rommel était immobile comme une statue tandis que Stupide s’approchait de lui et commençait à décrire des cercles autour du berger allemand. Rommel observait cette manœuvre d’un air soupçonneux, les oreilles dressées. Selon toutes les règles du combat de chiens classique, on aurait dû s’en tenir à un match nul, les deux animaux regagnant leurs pénates respectifs avec leur honneur intact.Mais pas Stupide. Vers la fin du deuxième cercle, il a soudain levé ses pattes vers le dos de Rommel. Touché ! C’était un coup fantastique, sans précédent, osé, humiliant et si peu orthodoxe que Rommel s’est figé sur place, incrédule. On eût dit que Stupide préférait batifoler plutôt que lutter ; ça a jeté Rommel, ce noble chien qui croyait au fair-play, dans une confusion terrible.Alors Stupide a révélé son but incroyable : il a dégainé son glaive orange en bondissant sur le dos de Rommel ; tel un ours, il a immobilisé Rommel de ses quatre pattes puissantes, puis entrepris de mettre son glaive au chaud. Quelle finesse ! Quelle astuce ! J’étais enchanté. Dieu quel chien !Grondant de dégoût, Rommel se débattait pour échapper à cet assaut obscène, son cou se tordait pour atteindre la gorge de Stupide, son arrière train se plaquait au sol pour échapper aux coups de glaive. Il savait maintenant que son adversaire était un monstre pervers à l’esprit dépravé, et il se tordait en tous sens avec l’énergie du désespoir. Enfin libre, il s’est éloigné furtivement, la queue basse pour protéger ses parties. Stupide gambadait autour de lui pendant que Rommel battait en retraite vers sa pelouse où il s’est couché en montrant les crocs. Il y avait de l’écœurement et du dégoût dans le gémissement qui est monté de sa gorge : il ne voulait plus entendre parler de cet adversaire révoltant, trop répugnant pour qu’on l’attaque.Il était battu, écrasé. Il avait jeté l’éponge.« Bon dieu ! » j’ai fait en m’agenouillant pour serrer le cou de Stupide entre mes bras.« Oh Jamie ! Tu as vu un peu notre Stupide ! »Jamie avait saisi son collier.« Eloignons le avant que ça ne recommence. »« ca ne recommencera jamais. Rommel est fini, ratiboisé. Regarde-le ! »Rommel remontait l’allée de Kunz vers le garage, la queue entre les jambes.« Partons », a dit Jamie.« On le garde. »« Impossible. Tu as promis à maman. »« C’est mon chien, ma maison, ma décision. »« Mais il n’est pas à toi »« Il le sera. »« C’est une source d’ennuis. Il est cinglé. »« C’est un grand lutteur. Il gagne sans donner le moindre coup à son adversaire. »« C’est pas un lutteur, Papa. C’est un violeur. »« On le garde »« Dis moi pourquoi. »« Je ne suis pas obligé de tout te dire ». »

14/10/2005

Récit d’un branleur

Un roman de Samuel Benchetrit.
Roman Stern aime trois choses dans la vie : glander, manger de l’onglet à l’échalote, et bien entendu la masturbation qui l’occupa durant toute son adolescence, et dix minutes par jour ensuite. Du travail il n’en cherche pas « on m’avait dit qu’il était impossible d’en trouver, alors je n’avais pas insisté ». Tout pourrait être parfait pour Roman, mais une chose cloche avec lui : « les dingues et les dépressifs du globe semblent l’avoir choisi comme confident exclusif. Au comptoir d’un café, dans la rue ou sous un Abribus…A chaque fois, le jeune homme devient la cible privilégiée de tous ceux qui ont besoin de se plaindre. Et roman ne s’emporte jamais. Il a toujours été comme ça. Plutôt spectateur qu’acteur, docile, adepte des salles obscures et du repli sur soi. Jusqu’au jour où son alcoolique de tante lui lègue un caniche blanc accompagné d’un joli pactole ! Un coup du sort vite transformé en coup fumant : en créant « la société des plaintes », Roman devient écouteur professionnel sans perdre de vue l’essentiel : dans la vie, on ne fait que passer et l’onglet à l’échalote se déguste bien chaud… ». Un livre drôle et cynique que je conseille à tous les glandeurs, à tous les « écouteurs ».

Extrait :« J’ aurais jamais dû prendre un café après mon onglet froid. J’étais assis dans un wagon du métro et mon ventre était assis sur la banquette d’à côté.En général j’étais assez triste quand je rentrais chez moi. Comme quelqu’un qui retourne à l’hôpital. Mon appartement me faisait penser à un hospice tant il n’inspirait que le passage. Dès qu’on franchissait la porte, on était pris d’une bouffée d’amertume. On se demandait combien de vieux y étaient mort. Dans la salle d’eau on prenait des douches de mélancolie. Dans la cuisine on grignotait de la nostalgie. Et même dans le noir, il restait toujours cette odeur pour me rappeler comme j’étais pauvre, feignant et sale.J’avais été une fois à une réunion de locataires dans la cave de l’immeuble. Même les cafards étaient venus se plaindre. Et une fois de plus ça n’avait pas raté. C’est à moi que chacun des habitants avait raconté ses misères quotidiennes. Le manque de sécurité. La saleté. Le chauffage pas assez chaud. Le bruit de la rue. Le bruit des gens. La porte d’entrée qui claque trop fort. Le digicode aux chiffres trop compliqués.Moi je savais ce qui les dérangeait surtout. C’était le bruit de leurs entrailles. Le bruit du pet de leurs femmes qu’ils ne supportaient plus d’entendre au beau milieu de la nuit. Le bruit de leurs cheveux se cassant de vieillesse et de ne plus en pouvoir de pousser toujours. Et le voisin de dessous ne supportait plus d’entendre gratter le chien du dessus, alors il a dit qu’une de ces nuits il monterait pour tuer le chien d’un coup de douze. Et le propriétaire du chien a répondu qu’il descendrait lui égorger toute sa famille après leur avoir fait manger le clébard tout entier.La vieille peau du premier en avait marre de confisquer les ballons des gosses qui jouaient dans la cour. Elle disait qu’on pouvait casser des vitres, la dame qui a pas hésité à balancer tout ce qu’il y avait de juif dans l’immeuble voilà quelques années. Et de casser des vitres, c’était plus grave que d’envoyer au feu une race se faire exterminer.Seul mon voisin de palier était absent le jour de la réunion. Il s’appelait M. Pigeon. Son nom il l’avait gravé au couteau sur sa porte. Il avait pas mis Monsieur. Juste PIGEON. Comme ça, sans autres indications.Au début je croyais qu’il vivait avec Mme Pigeon parce que je l’entendais parler toute la journée. Mais plus tard la collabo du premier m’a raconté que c’était avec ses cafards qu’il s’entretenait, et que Mme Pigeon elle s’était tirée une nuit.M. Pigeon disait que les cafards n’étaient pas difficiles vu qu’ils n’hésitaient pas à habiter dans des endroits très sales. Et que si un jour ils devenaient un peuple cultivé et capable de dépenser de l’argent, tous ces enculés de propriétaires n’auraient plus de problème pour louer leurs apparts minables.M. Pigeon aimait bien les cafards et haïssait les hommes. Il ne sortait jamais de chez lui. Juste de temps en temps, je le retrouvais sur le palier, accoudé à la rampe d’escalier, torse nu et le cul enveloppé d’une serpillière.Il m’avait demandé de lui faire deux trois courses et puis c’était vite devenu une habitude.Tous les deux jours, j’allais lui acheter quatre paquets de cigarettes brunes, un sac de frites surgelées, une boîte de bâtonnets Colin Igloo, deux litres de vin rouge et une revue porno. Et qu’un jour il y verrait Mme Pigeon en train de tailler une pipe ou de se faire prendre à quatre pattes. Et que ça serait sa revanche. Qu’il en finirait pas de se branler dessus. Que, de foutre, il en recouvrirait toute sa femme entière.Il récupérait ses courses, envoyait une ou deux saloperies sur Mme Pigeon et puis fermait sa porte. Il ne me payait jamais. Et comme je ne lui demandais rien, il avait décidait que ses cafards et lui étaient mes invités.Ermite ou pas, M. Pigeon avait vite fait savoir aux autres locataires qu’il tenait un gentil petit gars serviable comme voisin de palier. Et rapidement je me suis tapé toutes les commissions de l’immeuble. Le pain de la collabo. Le journal du propriétaire du chien. Et même les tampons de la femme qui pétait. A chaque fois que je venais leur apporter leurs courses, ils m’invitaient une bonne heure chez eux pour me donner des nouvelles de leur vie de merde.
Pendant que je les entendais déblatérer, je m’inventais des poésies dans ma tête. Courtes ou longues suivant la durée des lamentations. Et quand c’était vraiment à mourir, je faisais tout en alexandrins. Ensuite je me récitais mes vers dans les escaliers pour ne pas les oublier le temps que j’arrive chez moi . Et toute la nuit je les recopiais sur un grand cahier que j’avais titré : « L’ESPRIT DE L’ENNUI ».
Peut-être qu’un jour mes poésies seraient publiées. Certainement pas de mon vivant car j’étais bien trop feignant pour aller démarcher qui que ce soit. Non, un type aurait découvert mon cahier dans les décombres de l’immeuble qui se serait écroulé sous le poids de la saleté. Et ce type se serait cassé le cul pour qu’on honore enfin mon génie inconnu. »

04/10/2005

Traité d’injurologie de Robert Edouard

Un petit livre qui s’intéresse à l’injure, et à l’art de bien injurier son prochain. En voici donc un petit extrait, où l’auteur nous propose de décortiquer les mécanismes de ce qu’il appelle le chapelet d’injure, tradition qui selon lui a tendance à se perdre au profit d’injures brèves composées de trois à cinq lettres.
Petit cours donc :
« Le chapelet d’injures de forme classique se décompose comme suit :
1. Interpellation, se subdivisant parfois elle-même en :
a) Introduction : Non mais dis donc...
b) Désignation de l’intéressé : …espèce de gueule de raie…
c) Localisation de celui-ci ou précision pour lui permettre de se reconnaître : …Oui, toi, la grande andouille qui n’a pas une tête à avoir inventé le tiercé…

2. Exposé des motifs
…Ca bouscule le pauvre monde et ça ne s’excuse même pas
…Où est-ce que tu as été élevé ? Chez les cochons ou chez les oies ?
…Où est-ce que tu te crois,eh, patate…

3. Ce qu’il est
…Saleté de fumier de chien galeux
…Vomissure, raclure, pourriture…

4. la question qu’on se pose à son sujet
…Qu’est ce qui m’a foutu une pareille tête de lard ?…

5. Le conseil qu’on lui donne.
…Cache-toi, eh pas beau, face moche, trouduc…

6. Refus de mêler la famille à une affaire strictement personnelle. (N.B. L’usage veut que l’on fasse successivement allusion à la mère, au père, à la sœur, à l’épouse ; aux grand-parents ou aux enfants selon l’âge du destinataire)
…Fils de pute, enfant de salaud
…Est-ce que je te demande combien ta frangine a fait de clients hier à la Madeleine et si ta femme a le cul folâtre ?
…Moi je m’en tamponne, pauvre con, de tes histoires de famille
…Ton grand-père peut se coincer les prunes dans les ressorts du sommier
…Et ta grand-mère pleurnicher qu’elle n’a plus rien à se mettre dans la tabatière
…Ce n’est pas ça qui m’empêchera e dormir…

7. L’espoir qu’il tiendra compte de notre discrétion.
…Alors viens pas me casser les roubignolles…

8. Ce qu’on devrait lui faire.
…Tu mériterais que je te colle mon pied dans les fesses…

9. Mais considérant que
…des enfoirés de ton espèce, ça ne vaut même pas qu’on se salisse les mains…

10. Ce que nous allons faire
…Tiens je préfère encore passer en me bouchant le nez…

11. Invitation à s’éloigner
…Allez, du vent, eh, limace ! loquedu ! mal torché !…

12. Suggestion finale
…Va te faire foutre si tu trouves un amateur qui n’est pas trop dégoûté !

c’est à dessein que nous avons choisi un exemple ne comportant qu’une succession d’expressions banales et dépourvues de toute envolée lyrique. On pourra mieux percevoir ainsi le mécanisme de cette technique particulière.Les divers éléments de ce chapelet sont composés de courtes phrases qu’on s’entend lancer et qu’on lance soi-même quotidiennement. Mais on ne saurait contester que leur enchaînement confère à l’ensemble une originalité et des résonances nouvelles. Nous n’ignorons pas le rythme accéléré de la vie démente que nous menons nous ne laisse guère le temps d’échanger, au hasard des rencontres, des discours de cette importance. N’oublions pas , en effet, que la courtoisie la plus élémentaire exige que l’on écoute la réponse de l’interlocuteur sans manifester une trop visible impatience de prendre congé.Aussi conseillons nous de ne réciter ce grand chapelet qu’en certaines périodes de l’année où l’on dispose de quelques loisirs (week-end de Noël, de Pâques, de Pentecôte ; congés payés, etc.).

En temps normal, on se contentera du petit chapelet, formule moins complète, certes, mais qui (de conception moins rigide) permet aussi de belles réussites et cnvient mieux sans doute aux gens pressés que nous sommes.

Autre extrait.
« L’indice de virulence. Esquisse d’un barème à l’intention de MM. Les magistrats. Nous sommes en mesure de donner ici quelques exemples fondés sur les réactions que nous avons observées (ou sur les impressions que nous avons personnellement ressenties) au cours des expériences méthodiques que nous poursuivons depuis plusieurs années sur le degrés de nuisance des injures les plus usuelles.
Fripouille : 2
Petite fripouille : 4
Con : 3
Pauvre con : 7
Vaurien : 2
Moins que rien : 1
Zéro : 3
Va te faire voir : 2
Vieux salaud : 5
Vieille salope (à une femme) : 6
(à un homme) : 10
Merdeux : 3
Paquet de merde : 8
Pourriture : 6
Vieux pourri : 8
Tête de lard : 3
Tête de nœud : 5
Salopard : 2
Grand malpropre : 4
Balayette : 3
Serpillière : 10
Vieux sagouin : 2
Vieux macaque : 5
Lèche-cul : 4
Lèche-bottes : 6
Sans-couilles : 7
Eburné : 1
Enculé : 15
Idiot : 2
Abruti : 4

Le coefficient indiqué est surtout valable pour une injure isolée, lancée sous forme d’apostrophe spontanée.Quand elle est intégrée dans une phrase, cet indice peut se trouver sensiblement modifié, notamment si la phrase en question comporte plusieurs injures (par exemple dans un chapelet). Le cas n’est pas rare où le coefficient de chaque injure doive alors être non pas additionné mais multiplié.Mais il peut aussi arriver que, par suite d’une technique défectueuse, l’accumulation atténue au contraire la virulence de chacune des injures employées et qu’elle amortisse la puissance globale en éparpillant les points d’impact. Les débutants devront songer à cet écueil, eux qui (avec l’ardeur désordonnée des néophytes) engagent souvent le combat armés de vocatifs d’un indice trop élevé pour n’être pas dans la pénible obligation de régresser si la rencontre se prolonge.

A titre indicatif, signalons que :AU DESSOUS DE L’INDICE 5 Il est incorrect de riposter par une paire de claques. Et déconseillé de répliquer par une injure d’un I.V (indice de virulence) supérieur à 7. DE 5 A 8 A manier avec prudence, surtout quand (faute d’expérience) on ne sait pas encore très bien choisir ses adversaires. Le simple haussement d’épaule ou : « Vous en êtes un autre » ne sauraient être tenus pour des ripostes suffisantes. Une ou plusieurs injures d’un I.V. voisin de 10 constitue le minimum généralement admis. 9 ET AU-DESSUS A n’employer que si l’on a la certitude de posséder un avantage physique indiscutable. Si ce n’est pas le cas, s’assurer l’assistance d’un complice solidement charpenté. Peut toutefois (jusqu’à 10+5 inclus) être utilisé au téléphone ou derrière une cloison solide.
10²…

En voiture :
Ne formuler qu’après avoir fait chauffer le moteur.En bateau : Emploi strictement limité au moment précis où la personne visée ayant quitté le bord, l’officier de pont donne l’ordre d’amener la passerelle…En chemin de fer : Exclusivement entre le coup de sifflet du chef de gare et le démarrage du train (plus tôt, serait téméraire ; plus tardivement, manquerait d ‘élégance et d’efficacité)Règle générale : Injures réservées à des gens à qui on désire laisser un souvenir durable, et qu’on ne risque pas de rencontrer au coin d’une rue avant cinq ou six ans.Peuvent fournir un moyen radical de s’offrir quelques semaines dans une maison de repos ou, en choisissant bien le destinataire, une façon économique mais douloureuse, d’en finir avec la vie. »

28/09/2005

Comment retrouver l’idiot du village à la télé

Texte d’Umberto Eco issu du recueil de textes:
« Comment voyager avec un saumon ».
« Quid du théâtre comique dans une civilisation qui a décidé de se fonder sur le respect de la différence ? Par tradition, le comique a toujours spéculé sur l’estropié, l’aveugle, le bègue, le nain, l’idiot, le déviant, la profession jugée infamante ou l’ethnie tenue pour inférieure.Eh bien tout cela est devenu tabou. Aujourd’hui, ne vous risquez plus à imiter un inoffensif paria, c’est une vexation ; quant à Molière « himself », il ne pourrait plus ironiser sur les médecins sans provoquer aussitôt le tollé de la corporation entière, liguée contre ces allégations diffamatoires. Plus question de déguster un « nègre en chemise » ni de parler « petit nègre » à une « tête de turc » qui serait « saoul comme un polonais ».Aussi, la satire télévisée risquait-elle de n’avoir plus pour objet que les autres émissions télé : par une sorte d’accord tacite entre chaînes, chaque programme semblait n’être conçu que pour inspirer la satire de l’autre et le seul comique autorisé devenait celui du « zapping ». Ou alors (puisque ce sont traditionnellement les groupes se sentant forts qui osent se moquer d’eux mêmes) l’auto flagellation était en passe d’être la manifestation du pouvoir. Résultat, la pratique du comique dressait une nouvelle barrière de classe : si jadis on reconnaissait les maîtres à ce qu’ils se permettaient de brocarder les esclaves, aujourd’hui ce serait les esclaves que l’on reconnaîtrait comme ayant seuls le droit de railler les maîtres.Mais on a beau ridiculiser le nez de De Gaulle, les rides d’Agnelli ou les canines de Mitterrand, on pressent que ces derniers resteront toujours plus puissants que ceux qui les moquent ; or, le comique est cruel, impitoyable par vocation, il veut un idiot du village qui soit vraiment débile, afin que, en riant de lui, nous puissions affirmer notre supériorité sur son incurable déficience.Il fallait une solution, on la trouva. Impossible de caricaturer l’idiot du village, ce serait antidémocratique. Soit. En revanche, il est tout à fait démocratique de lui donner la parole, de l’inviter à se présenter lui-même, en direct (ou à la première personne , ainsi que disent justement les idiots du village). Comme dans les vrais villages, on saute la médiation de la représentation artistique. On ne rit pas de l’auteur qui imite l’ivrogne, on paie directement à boire à l’alcoolo, et on rit de sa dépravation.Le tour est joué. Il suffisait de se rappeler que, entre autres éminentes qualités, l’idiot du village est exhibitionniste, mais surtout que nombreux sont ceux qui, pour satisfaire leur propre exhibitionnisme, sont prêts à endosser le rôle d’idiot du village. Jadis, si, en pleine crise conjugale, un étranger avait étalé au grand jour leur lamentables querelles, les époux auraient intenté un procès en diffamation, au nom du bon vieux dicton qui veut qu’on lave son linge sale en famille. Mais lorsque le couple en vient à accepter voire à solliciter la faveur de représenter en public sa sordide histoire, qui a encore le droit de parler de morale ?Et voici l’admirable inversion de paradigme à laquelle nous assistons : exit le personnage du comique brocardant le débile inoffensif, starisation du débile en personne, tout heureux d’exhiber sa propre débilité. Tout le monde est content : le gogol qui s’affiche, la chaîne qui fait du spectacle sans avoir à rétribuer un acteur, et nous qui pouvons à nouveau rire de la stupidité d’autrui, en satisfaisant notre sadisme.Nos écrans pullulent désormais d’analphabètes fiers de leur baragouin, d’homosexuels se plaisant à traiter de « vieille pédale » leurs homologues, d’ensorceleuses sur le retour arborant leurs charmes décatis, de chanteurs experts en couacs, de bas-bleus affirmant « l’oblitération palingénésique du subconscient humain », de cocus contents, de savants fous, de génies incompris, d’écrivains publiants à compte d’auteur, de journalistes donnant des baffes et de présentateurs les recevant, heureux de penser que l’épicier du coin en parlera le lendemain.Si l’idiot du village s’exhibe en jubilant, nous pouvons rire sans remords. Rire du débile est redevenu « politically correct ». »

19/09/2005

Sur la route de Jack Kerouac

(Ou comment donner envie à David de lire ce roman.)Pour ma part je l’ai lu adolescente. J’étais fan des Doors, et des écrits de Jim Morrison qui était lui même fan d’un certain nombre d’auteurs, dont Jack Kerouac avec notamment son roman « sur la route ». Je l’ai donc lu. Et je dois avouer que ce roman va bien avec l’adolescence et la crise identitaire que l’on traverse généralement à cette époque là, accompagné d’un rejet de l’autorité parentale ou autre. Et « Sur la route » est selon moi une quête de soi, une quête identitaire, un désir de liberté sans entrave. Et c’est à travers ça que toute une génération s’est reconnue, elle se fera appeler la «beat generation ». Le mot « beat » signifie « exténué, foutu, fatigué, à bout de souffle », mais il désignait aussi les « travellers » qui voyageaient clandestinement dans les wagons de marchandise. Les jazzmen y ont prêté un autre sens : « le beat est une manière de traverser la vie ». Sur la route pour moi c’est ça : comment des jeunes gens cherchent à traverser leur vie en traversant le pays…essayer de se trouver, de trouver le « it », cette transe que recherchent les musiciens de jazz : « un tumulte de notes et le saxo piqua le « it » et tout le monde comprit qu’il l’avait piqué. Dean se prenait la tête à deux mains dans la foule et c’était une foule en délire. Ils étaient tous entrain d’exciter le saxo à tenir le « it », et à le garder avec des cris et des yeux furibonds et, accroupi, il se relevait et de nouveau fléchissait les cuisses avec son instrument, bouclant la boucle d’un cri limpide au-dessus de la mêlée. ». Et c’est ce « it » que Kerouac a du trouver en écrivant ce livre, preuve en est l’aspect sous lequel le manuscrit apparaît : un rouleau de papier de 35 mètres écrit en 1951(jugé impraticable par l’éditeur qui le forcera à faire des découpes )ininterrompu, sans virgules, et uniquement quelques points. Il a écrit son livre comme un jazzman aurait « piqué le « it » ». Mais sur la route c’est aussi l’histoire d’une amitié, une quête de la fraternité entre Sal Paradise, (le nom vient d’un vers d’Allan Ginsberg où il aurait fallu lire « sad paradise » triste paradis) jeune écrivain, et Dean Moriarty, qui offre une intelligence brute, pure, une intelligence innée qui contraste avec celle de Sal bien entendu, qui lui est admiratif…Dean est son idole, « un clochard céleste ». Voyage, galères d’argent, de nourriture, de boisson, drogues, mauvais trips, recherche de soi, jazz, bringues, démerdes et embrouilles, amour des femmes, recherche de la femme, désillusions, illusions… « Sur la route » c’est tout ça, et bien plus encore si vous le lisez.
« Un gars de l’Ouest, de la race solaire, tel était Dean. Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j’aurais avec lui , j’allais entendre l’appel d’une vie neuve, voir un horizon neuf, me fier à tout ça en pleine jeunesse ; et si je devais avoir quelques ennuis, si même Dean devait ne plus vouloir de moi pour copain, et me laisser tomber, comme il le ferait plus tard, crevant de faim sur un trottoir ou sur un lit d’hôpital, qu’est ce que cela pouvait me foutre ? J’étais un jeune écrivain et je me sentais des ailes.
Quelque part sur le chemin je savais qu’il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare. »

QUELQUES HAÏKUS DE KEROUAC
In the morning frost the catsStep slowly.
( Dans le givre du matin des chats
Avancent lentement. )
Winking over his pipe the Buddha lumberjacknowhere.
( Clin d'œil par-dessus sa pipe le bûcheron Bouddha nulle part. )

All day long wearing a hatthat wasn't on my head.

(Toute la journée J'ai porté un chapeauqui n'était pas sur ma tête. )

In my medicine cabinet the winter flyhas died of old age.

( Dans mon armoire à pharmacie la mouche d'hiver est morte de vieillesse.)

Kerouac – «Non, d'abord un haïku est meilleur lorsqu'il est retravaillé et révisé. Je le sais, j'ai essayé. Il doit être totalement économique, pas de feuillage, ni de fleurs et de langue rythmée, ce doit être une simple petite image en trois vers. C'est en tout cas la manière dont les maîtres anciens le pratiquaient, passant des mois sur trois vers pour arriver, disons à:
Sur le bateau abandonné
la grêle
rebondit ça et là
C'est de Shiki.»
Berrigan – «Comment écrivez-vous un haïku?»
Kerouac – «Un haïku? Vous voulez entendre un haïku? Voyez-vous, on doit compresser en trois vers courts une très longue histoire. On commence d'abord par une situation de haïku. Ainsi, on voit une feuille tomber sur le dos d'un moineau durant une grosse tempête d'octobre. Une grosse feuille tombe sur le dos d'un petit moineau. Comment allez-vous compresser cela en trois vers? En japonais, on doit compresser ça en dix-sept syllabes. On n'est pas obligé de le faire en américain ou en anglais parce qu'on n'a pas la même merde syllabique que la langue japonaise. Alors on dit: Petit moineau – on n'est pas obligé de dire petit – tout le monde sait qu'un moineau est petit... Alors on dit:
Un moineau
avec une grosse feuille sur le dos
tempêteNon c'est pas bon, ça ne marche pas, je le rejette:
Un petit moineau
Quand une feuille d'automne soudain se colle à son dos
Provenant du ventAh, voilà. Non, c'est un petit peu trop long. Vous voyez? C'est déjà un petit peu trop long, Berrigan, vous voyez ce que je veux dire?»
Berrigan – «Il semble qu'il y ait un mot en trop ou quelque chose comme quand. Et si on enlevait quand et disait:
Un moineau
une feuille d'automne soudain se colle à son dos
avec le ventKerouac – «Hé, c'est bien. Je crois que quand était le mot en trop. Vous avez eu une bonne idée là, O'Hara! Un moineau, une feuille d'automne soudain – On n'a pas besoin de dire soudain, n'est-ce pas?
Un moineau
une feuille d'automne se colle à son dos
avec le vent
Extrait d'un long entretien publié en 1969 dans la revue The Art of Fiction, l'essentiel de l'approche du réel par le haïku.

14/08/2005

Ma part d'ombre

Roman autobiographique de James Ellroy écrit en 1996.
INCIPTIT :
« Ce sont des gamins qui l’ont trouvée.Des joueurs de base-ball, Division Babe Ruth, de sortie pour taper quelques balles. Trois entraineurs adultes marchaient derrière eux.Les gamins ont vu une forme dans la bande de lierre juste en bordure du trottoir. Les hommes ont vu des perles éparpillées sur la chaussée. Une petite décharge télépathique est passée des uns aux autres.Clyde Warner et Dick Ginnold ont fait battre en retraite la troupe de gamins-pour les empêcher d’y regarder de trop près. Kendall Nungesser a traversé Tyler avenue au pas de course et repéré une cabine téléphonique près de la crèmerie.Il a appelé le bureau du shérif de Temple City et annoncé au sergent de jour qu’il avait découvert un corps. Qui était juste là sur la route, à côté du terrain de jeux ‘Arroyo High School, le lycée Arroyo. Le sergent a dit : restez sur place te ne touchez à rien.L’appel radio a été lancé : 10h10, dimanche,22/6/58. Cadavre à King’s Row et Tyler Avenue, El Monte.Une voiture de patrouille du shérif est arrivée sur les lieux en moins de 5 minutes. Une unité des services de police d’El Monte a débarqué quelques secondes plus tard.L’adjoint Vie Cavallero a regroupé entraîneurs et gamins. L’agent Dave ire est allé inspecter le corps.C’était une femme de race blanche. Elle avait la peau claire et les cheveux roux. Elle avait environ quarante ans. Elle gisait étendue sur le dos, sur un talus couvert de lierre à quelques centimètres du bord du trottoir de King’s row.Son bras droit était replié vers le haut. Sa main droite reposait à quelques centimètres au –dessus de sa tête. Son bras gauche était plié au coude et posé sur son bassin. Sa main gauche était serrée. Ses jambes étaient écartées.Elle portait une robe bleu foncé, légère, sans manches, au décolleté arrondi. Un manteau bleu foncé avec doublure assortie était étendu sur la partie inférieure du corps.Ses pieds et ses chevilles étaient visibles. Son pied droit était nu. Un bas nylon était entortillé autour de la cheville gauche.Sa robe était en désordre. Des morsures d’insectes lui couvraient le bras. Son visage était meurtri et sa langue sortait de sa bouche. Son soutien-gorge était défait et remonté au-dessus des seins. Un bas en nylon et une corde à linge en coton étaient noués autour de son cou. Les deux ligatures serrées mordaient les chairs en profondeur. » Victimologie
« La victime Ellroy était une femme de race blanche, âgée de quarante trois ans, un mètre soixante trois et demi pour un poids approximatif de cinquante huit kilos, à la chevelure rousse. Elle était divorcée et avait emménagé avec son fils mineur, dans une maison de location bien tenue d’El Monte, Californie, en 1958. Elle était employée comme infirmière d’entreprise à Los Angeles depuis 1956. La victime Ellroy était physiquement séduisante et aimait fréquenter les boîtes de nuit proches, lors des week-end, tandis que son fils rendait visite à son père. Ses propriétaires ont décrit Ellroy comme une locataire tranquille qui semblait aimer sa vie solitaire avec son fils. On l’a décrite comme peu loquace quant à sa vie personnelle et ayant peu d’amis intimes. Après sa mort, ses propriétaires ont signalé la découverte de bouteilles d’alcool vides, dans les buissons près du domicile de a victime et dans le conteneur à ordure.Les propriétaires d’Ellroy ont déclaré avoir vu cette dernière quitter sa résidence au volant de sa voiture, aux environs de 20 heures, le samedi 21 juin 1958. De témoins ont déclaré avoir vu Ellroy plus tard pendant cette soirée en compagnie d’un adulte non identifié de sexe masculin, dans un restaurant drive-in aux environs de 22heures ; dans une boîte de nuit-dancing aux environs de 22h45 ; et finalement de retour au restaurant drive-in aux environs de 2h15 le lendemain matin... »
C’est ainsi que le cadavre de Jean (diminutif de Geneva) Ellroy fut découvert. Divorcée elle vivait avec son fils de 10ans. Elle travaillait comme infirmière d’entreprise, une femme apparemment sans histoire.
Le petit garçon, James Ellroy reçoit la nouvelle sans aucune émotion…il faut dire que depuis le divorce même s’il vivait 5 jours sur 7 avec sa mère, son père travaillait dur pour lui mettre de mauvaises idées dans la tête : « ta mère est une ivrogne et une putain ». Le petit avait surpris sa mère à deux reprises avec des hommes et son haleine de whisky à l’eau corroborait les dires du père. Par conséquent le petit Ellroy reçoit la nouvelle avec un soulagement extrême tellement il avait fini par détester sa mère. Il est confié à son père. Livré à lui même il fera un peu n’importe quoi, et cela va aller de mal en pis…
James Ellroy durant son adolescence et sa jeune vie d’adulte va faire une descente aux enfers, alcoolique et drogué il ère entre visions érotiques de sa mère et cambriolages. Vers l’âge de 50 ans, sevré de ces démons là et devenu un écrivain reconnu, James Ellroy tente avec l’aide d’un flic à la retraite de rouvrir le dossier de sa mère afin de redécouvrir celle qu’il a tant aimé haïr.
Ma part d’ombre est un récit autobiographique relativement dur, une plaie ouverte dans laquelle Ellroy nous permet de mettre le nez. Mais c’est aussi un horrible tableau des meurtres de femmes en Amérique que nous dépeint James Ellroy.

04/04/2005

I like America and America likes me












Performance de Joseph Beuys (1921-1986).
Beuys veut son œuvre sociale, il déclare que tout homme est un artiste, dans le sens où tout homme est susceptible de créer. Il participe au mouvement Fluxus qui doit son appellation à une phrase d’Héraclite qui consiste à dire que « toute existence passe par le flux de la création et de la destruction », pour Beuys l’acte est pour l’art, l’art c’est l’acte ! Très engagé socialement son œuvre sera ponctuée « d’interventions » écologiques. Avec « I like America and America likes me », (1974) il arrive en ambulance, enveloppé dans une couverture de feutre, et s’expose à la Galerie René Block à New Yorkn, enfermé avec un coyote sauvage, une canne et sa couverture pour se protéger, pour souligner l'antagonisme entre Nature et Technologie, Nature et Culture, Art et Science.

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