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11/06/2009

"La disparition" * de Georges Perec ( Extrait)

"Qui, d’abord, a l’air d’un roman jadis fait où il s’agissait d’un individu qui dormait tout son saoul.

Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s’assit dans son lit, s’appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l’ouvrit, il lut ; mais il n’y saisissait qu’un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification.Il abandonna son roman sur son lit. Il alla à son lavabo; il mouilla un gant qu’il passa sur son front, sur son cou.Son pouls battait trop fort. Il avait chaud. Il ouvrit son vasistas, scruta la nuit. Il faisait doux. Un bruit indistinct montait du faubourg. Un carillon, plus lourd qu’un glas, plus sourd qu’un tocsin, plus profond qu’un bourdon, non loin, sonna trois coups. Du canal Saint-Martin, un clapotis plaintif signalait un chaland qui passait.Sur l’abattant du vasistas, un animal au thorax indigo, à l’aiguillon safran, ni un cafard, ni un charançon, mais plutôt un artison, s’avançait, traînant un brin d’alfa. Il s’approcha, voulant l’aplatir d’un coup vif, mais l’animal prit son vol, disparaissant dans la nuit avant qu’il ait pu l’assaillir.Il tapota d’un doigt un air martial sur l’oblong châssis du vasistas.Il ouvrit son frigo mural, il prit du lait froid, il but un grand bol. Il s’apaisait. Il s’assit sur son cosy, il prit un journal qu’il parcourut d’un air distrait. Il alluma un cigarillo qu’il fuma jusqu’au bout quoiqu’il trouvât son parfum irritant. Il toussa.Il mit la radio : un air afro-cubain fut suivi d’un boston, puis d’un tango, puis d’un fox-trot, puis un cotillon mis au goût du jour. Dutronc chanta du Lanzmann, Barbara un madrigal d’Aragon, Stich-Randall un air d’Aïda.Il dut s’assoupir un instant, car il sursauta soudain. La radio annonçait : « Voici vos informations »…"
* Roman écrit sans utiliser la lettre E

26/03/2009

Maria Teresa Sá*: Une lecture psychanalytique de "Max et les Maximonstres" de Maurice Sendak



"UN MONDE CANNIBALE

Max et les maximonstres (dont le titre anglais, Where the wild things are, est Là où sont les choses sauvages) est devenu un classique de la littérature moderne pour enfants. Il fut pourtant l’objet d’une polémique enflammée lors de sa publication en 1963. Certains libraires, éducateurs et parents, s’érigeant en défenseurs de l’innocence de l’enfant, exprimèrent leur perplexité et leur hostilité à ce livre. On se posa un certain nombre de questions : Max fera-t-il du mal aux enfants ? Son mauvais comportement encouragera-t-il les jeunes lecteurs à le prendre pour leur idole et à s’opposer à leurs parents ? Les choses sauvages ne favoriseront elles pas des cauchemars ? Un libraire donnait ce conseil : Ne laissez pas ce livre le soir à portée de main d’un enfant sensible.

Les enfants, eux, ont été enthousiastes Parmi l’abondante correspondance reçue par Maurice Sendak, cette demande d’un petit garçon : « Combien ça coûte d’aller là où se trouvent les choses sauvages ? Si ce n’est pas très cher, ma soeur et moi, nous aimerions y passer l’été prochain. » J’ai constaté que cette histoire pouvait avoir un impact thérapeutique surprenant chez certains enfants très renfermés, présentant des traits autistiques. Dans mon travail clinique, j’ai plusieurs fois été témoin de l’intérêt et de la curiosité manifestés par les enfants pour Max, le héros du livre, ainsi que de la richesse des associations libres que suscite cette histoire.
Lorsqu’il a reçu, en 1964 aux Etats-Unis, le prix accordé à l’auteur de la meilleure publication illustrée pour enfant, Maurice Sendak a expliqué : « Max, le héros de mon livre, décharge sa colère contre sa mère et il retourne au monde réel ensommeillé, affamé et en paix avec lui-même. Bien sûr, nous voulons tous protéger les enfants contre des expériences douloureuses qui dépassent leur capacité de compréhension émotionnelle et sont source d’anxiété. Cela paraît évident. Cependant, ce qui est tout aussi évident, mais souvent négligé, c’est que tous les enfants, dès les premières années de leur vie, ont affaire à des émotions qui les perturbent, que la peur et l’anxiété sont une partie intrinsèque de leur vie quotidienne et qu’ils gèrent en permanence leur frustration le mieux qu’ils peuvent. La fantaisie reste la meilleure arme dont l’enfant dispose pour apprivoiser ses parties sauvages. Ce qui confère à mon travail toute la vérité et la toute la passion qu’il peut éventuellement avoir, c’est mon engagement dans ce fait inévitable de l’enfance, la terrible vulnérabilité des enfants et en même temps leur lutte pour devenir les rois de toutes les choses sauvages. »

Dans Max et les maximonstres, le héros conduit le lecteur au pays des choses sauvages, et à travers ce voyage, par un travail intérieur, l’accompagne vers la possibilité de reconstruire le lien libidinal. Parmi toutes les lectures possibles de ce conte, on peut y voir une invitation à considérer l’espace thérapeutique en lui-même comme un lieu contenant des choses sauvages et la psychothérapie comme la découverte du chemin qui mène à la maison, le chemin de l’auto-connaissance.

UN VOYAGE THÉRAPEUTIQUE

Max, le héros de notre histoire, est un petit garçon qui, comme il arrive nécessairement à tous les enfants, ressent parfois un désir insurmontable de faire des bêtises, de détruire, d’alarmer, de se confronter, d’exaspérer, d’agresser, de dévorer et de mettre à l’épreuve ceux qu’il aime.
En d’autres termes, et en images dans le texte, de se revêtir de sa peau de loup. Ces comportements « sauvages » nous renseignent sur le monde intérieur enfantin qui est loin
d’être entièrement rose et qui ressemble davantage, pendant l’enfance tout comme dans la vie
adulte, à la palette d’un peintre : du bleu des émotions tranquilles au rouge de l’excitation, du blanc du vide qui n’a pas encore de nom au noir de l’ombre et de la solitude, en passant par toutes les couleurs dominantes et leurs multiples combinaisons.
Avant que l’enfant n’ait acquis la maturité qui lui permettra de connaître et de distinguer les
couleurs de ses émotions, d’en maîtriser la technique pour les représenter, les transformer et, à partir de là, créer des tableaux dans lesquels il se reconnaîtra en tant qu’auteur. Il connaîtra des périodes d’exaltation où sera pris d’enthousiasme pour un rouge qui le poussera au mouvement et qui lui donnera vitalité et sentiment de puissance ; mais il y aura également des moments où, dans cette exaltation-même, il sera pris d’une terrible volonté de piétiner ce qui lui résiste ou de dévorer l’autre, momentanément anéanti, pour s’en sentir plein. Fâché avec sa mère, car elle lui impose des limites à la satisfaction de ses pulsions instinctuelles, Max veut la manger !

Banni dans sa chambre, il se trouve doublement abandonné : il est seul et sans nourriture. On reconnaît ici deux des angoisses essentielles de l’être humain : la faim physique et son correspondant affectif, la peur de l’abandon. Mais cette fois, Max a une « raison » extérieure qui en quelque sorte justifie sa méchanceté : c’est le monde qui est méchant et la peau de loup apparaît comme une réponse possible, acceptable aux yeux de Max, seul face à sa rage
contre sa mère et face à ce qu’il peut en faire.

Ouvrir la porte ? Faire la paix ? Demander pardon ? Trop pénible, insupportable même. Ce serait reconnaître sa petitesse et, du coup, sa dépendance envers l’objet. Quant à s’approcher pour, qui sait ?, être de nouveau abandonné, donner raison à sa mère et renoncer à son bon droit, en rayant d’un trait son amour propre… Il ne faut pas y compter. Reconnaître une part de bonté dans l’objet reviendrait alors finalement à accepter également une part de méchanceté dans lui-même. Jamais de la vie !

Max aurait pu se mettre à frapper la porte à coups de pieds ; il aurait pu sortir de sa chambre pour faire d’autres bêtises, s’attirant d’autres punitions, ce qui aurait quelque peu soulagé sa culpabilité… Au fur et à mesure qu’il grandit, l’enfant peut recourir à un contrôle extérieur afin
de dominer ses parties sauvages en évitant l’ambivalence affective et les sentiments dépressifs qui l’accompagnent.

Cette nuit-là, Max aurait pu se dépouiller définitivement de sa peau de loup et se transformer en un petit garçon exemplaire, de façon à ne plus jamais manquer de nourriture dans son assiette et qu’à ses côtés sa mère ne lui fasse plus jamais défaut.
Mais, peut-être plus tard, se sentirait-il « dégoûté » avec, qui sait ?, un vide intérieur difficile à expliquer et à supporter. Peut-être se plaindrait-t-il de ne pas être capable de haïr, de désirer ou d’aimer et souffrira-t-il d’une « insoutenable légèreté de l’être » ? Peut-être encore, serait-il un petit garçon peureux, projettant au-dehors de lui ces pulsions destructives qu’il n’aura pas su ni identifier, ni transformer, ni intégrer.

LOUP OEDIPIEN CONTRE MONSTRES ARCHAÏQUES

Toutefois, Max, notre héros, découvre une autre façon efficace de faire quelque chose de sa colère : Abandonné, il va lui-même abandonner. Je n’ai besoin de personne ! Un mensonge qui va le mener loin de chez lui, très loin ! Le Max qui part est un garçon furieux, férocement
fâché. La sortie hors du réel pour rentrer dans la fantaisie est illustrée par un Max qui ferme ses yeux. Dans sa chambre, les frontières entre le réel et l’imaginaire s’estompent. S’installe une atmosphère de rêve. La chambre devient une forêt fantastique où « son bateau » l’attend. Max hisse les voiles et entame un voyage à travers l’océan du fantastique jusqu’au fin fond de l’inconscient, au pays des Maxi-monstres où il se fait couronner roi. C’est aussi le royaume de la toute-puissance magique. L’illustration prend alors d’énormes dimensions et remplit toute la page. Plus besoin de texte. La même lune qui brille dans la chambre et dans le pays des choses sauvages souligne discrètement que, pendant ce temps, l’on n’a pas changé de place ; elle rappelle au lecteur qu’il s’agit d’un simple voyage intérieur. On ne peut pas ne pas penser ici au livre de Xavier de Maître intitulé Voyage autour de ma chambre (1794), grand classique de ce genre, le voyage immobile.

Lorsque la fête bat son plein et que l’on n’en entrevoit pas encore la fin, Max fait retentir cette phrase qu’il connaît bien, dont les effets sont certains : « Ça suffit ! Au lit, tout de suite et sans manger ! » Une fois les choses sauvages apprivoisées, Max reprend contact avec
l’objet intériorisé et renoue son identification avec lui. De loin, de très loin, aux confins du monde, il capte de nouveau l’odeur des bonnes choses à manger dont il se souvient avec nostalgie. Serait-ce un souvenir de ce qui a existé dans le passé et qu’il a détruit ou perdu ? Maintenant Max veut être seul. À la catharsis de l’action succède l’avènement de la pensée et, de pair avec la tristesse, survient le désir de réparation du lien et du bien absolu pour l’objet et pour soi-même. Max échange alors son trône et la couronne de la toutepuissance narcissique contre le voyage de retour à la réalité, à la relation d’objet, mû par le désir « d’être aimé par dessus tout », qui comporte peut-être aussi l’espoir d’être aimé comme il est, par quelqu’un capable de l’accepter entièrement, avec ses parties sauvages.
Le voyage de retour est long. Là aussi, le temps - manifeste pour le lecteur dans l’action de tourner les pages – a la durée d’un parcours intérieur de croissance que Max poursuit avec courage et persévérance. Cependant, cet effort lui permet de savourer son retour comme le fruit de son initiative et d’arriver à bon port. Fatigué, mais réconcilié, Max pourra abandonner son masque de loup lorsqu’il pourra admettre qu’existait déjà, dans son for intérieur, son attente de la présence de son objet d’amour. Et, en vérité, le dîner, encore « tout chaud » qui l’attend symbolise l’aliment intérieur assuré par le bon objet et la chaleur de la relation renouée. Sa mère ne l’a pas oublié. La preuve c’est, qu’en plus de la soupe, elle lui a aussi mis de côté une énorme tranche de gâteau et le verre de lait -le pardon absolu. Finalement, une récompense parfaite pour un petit garçon qui a su apprivoiser sa colère, y réfléchir et la transformer.
À présent, Max peut se dépouiller de la peau du loup. Très subtilement, l’image nous montre qu’il a été purgé de sa méchanceté. Maintenant il peut savourer le retour chez lui et, dans sa chambre, encore seul, il ne se sent plus seul.
Winnicott disait à ce sujet : « Lorsqu’il y a de l’espoir en ce qui concerne les objets intérieurs, la vie instinctive est active et l’individu peut jouir de ses pulsions agressives, en transformant en bien, dans la vie réelle, ce qui était mal dans son fantasme. Voilà ce qui est la base du jeu et du travail. (...) Notre capacité à aider un enfant, un adolescent ou un adulte est définie par l’état de son monde intérieur. Si celui-ci est détruit de façon excessive et incontrôlable, alors bien peu de choses pourront y être réparées. Tout ce que l’enfant pourra alors faire c’est de nier ses mauvais fantasmes ainsi que la liberté instinctuelle elle-même (…). »

*Psychologue clinicienne

08/01/2009

"Lettres d'insultes (mon guide pratique de correspondance institutionnelle et commerciale)" Marwanny*



Parce qu'on a toujours eu envie de répondre à son banquier, au voisin qui fait chier, au père noël qui se gourre toujours, le proprio, l'ANPE ...ce livre vous aidera à mettre à place vos plus odieuses correspondances.
Petit extrait:

"Crédit Fiducial de France
116, avenue des Peupliers
75006 Paris

Objet : Votre offre de souscription au Plan d’investissement Placéo

Messieurs,
Je viens de recevoir dans une même enveloppe mon relevé de compte indiquant un découvert
de 300 euros et une publicité m’invitant à « bénéficier des perspectives de hausse des marchés
mondiaux », grâce à votre placement Placéo.
Puis-je me permettre de vous faire remarquer que si vous ne préleviez pas systématiquement
divers intérêts, frais de dossiers et autres agios dès que je suis à découvert, je ne serais pas dans
le rouge aujourd’hui ?
En me maintenant constamment dans un découvert maîtrisé, vous faites de moi l’une de vos
innombrables vaches à lait et, tous les mois, sans que cela vous coûte le moindre effort, vous
ponctionnez impunément 20 à 30 euros sur mon compte. Chaque année, vous me volez ainsi
environ 300 euros, ce qui m’oblige opportunément à continuer à raquer. Si je le pouvais, je
fermerais ce compte pour aller dans une autre banque, mais vous me tenez par les couilles avec
ce putain de crédit immobilier. La boucle est bouclée : vous êtes une belle bande de gros cons.
Et c’est grâce aux millions de petits pigeons comme moi que, tous les ans, j’ai le plaisir de vous
voir parader, avec vos faces d’anus resplendissantes, pour vous autocongratuler des excellents
résultats financiers du groupe Crédit Fiducial de France.
Vous comprendrez donc, dans vos petites têtes de noeuds mises en valeur par vos belles cravates
et vos raies sur le côté à la con, que je ne donne pas suite à votre offre alléchante de placement
Placéo de mon cul.
De toute façon, il s’agit là d’une autre stratégie pour me piquer un peu plus de blé au quotidien
en ponctionnant votre coquet pourcentage. Vous maîtrisez décidément à la perfection votre rôle
de parasites aussi nuisibles qu’inévitables.
Votre placement Placéo, vous pouvez donc vous le fourrer bien profond. Pour une fois, vous
profiterez du traitement que vous nous faites habituellement subir. Avec un peu de chance, ça
décoincera même les sourires de mange-merdes qu’on peut voir sur vos faces de glands lors de
l’annonce de vos résultats annuels.
PS : Si ça vous intéresse, je peux aussi vous envoyer un schéma permettant de réaliser un
origami en forme de bite avec les brochures promotionnelles de votre putain de placement
Placéo de mes deux – comme ça au moins, vous ne serez pas dépaysés quand vous vous les
enfilerez dans le fion."
Alors moi j'ai envie de dire : C'est fin ça se mange sans faim.
* Du même auteur que "Almanach 365 jours pour réussir MONSIEUR " présenté aujourd'hui dans la rubrique de Daphné Burki de l'Edition Spéciale
Si les insultes c'est votre truc, je vous remets le lien vers le livre de Robert Edouard "Traité d'injurologie" que je vous avais déjà présenté il y a quelque temps.

13/12/2008

Les Trés Riches Heures de Lady Ghostington.


Je voulais vous présenter ce nouveau blog, qui semble plus que prometteur. L'auteur(e) y joue à fond la carte de l'orignalité en le faisant écrire par une certaine Lady Ghostington, disparue dans des conditions troublantes. Elle nous y livre ses récits et nous fait part des thèmes chers à son coeur: Fantômes, dandies so british, belles demeures...Je suis complètement fan de ses textes, dont l'humour noir précieux n'est pas sans me faire penser au "Fantôme de Canterville" de Wilde. Un soin particulier est accordé à la rédaction des articles ce qui est de plus en plus rare sur la blogosphère! D'ailleurs des rumeurs spectrales font état de la découverte d'un récit de Lady Ghostington, qui est actuellement à la recherche d'un éditeur, (et je vous dis pas ça parce qu'une obscure dessinatrice a participé à l'illustration de l'oeuvre). J'espère que j'aurais l'occasion de vous en reparler. En attendant je vous invite sur son blog pour découvrir son univers. Petit plus: le blog change d'apparence à la nuit tombée!!

25/04/2008

Eric Faye: le syndicat des pauvres types

Antoine Blin n’est pas monsieur tout le monde, Antoine Blin est pire que ça, il est monsieur personne. Il n’a pas d’amis…enfin si, deux, un couple prétentieux qui ne lui adressent la parole que quand ils ont besoin de lui : pendant qu’ils sont en vacances Antoine Blin garde leur appart. Il travaille de nuit au centre de tri, il vit seul dans un petit appart qui respire son ennui. En parlant de respirer, Antoine respire une drôle d’odeur depuis le début de cet été caniculaire. Antoine Blin pue, il pue la médiocrité, il pue la solitude, il pue le désarroi des hommes seuls, cette odeur le suit partout, il a peur que les autres le sentent et le rejettent encore plus. Antoine Blin est un pauvre type et alors qu’il se repose sous son arbre préféré dans le parc, on le reconnait. André Denner a reconnu en lui le pauvre type, il le sait parce qu’il en était un, parce qu’il en voit tout le temps, parce qu’il œuvre pour le syndicat des pauvres types. Denner va lui proposer son aide. Antoine Blin en a marre en effet d’être un pauvre type, et il veut prendre sa revanche, pisser dans l’aquarium de ses amis en leur absence ne suffit plus. Mais alors qu’on lui propose une action grâce au syndicat, un geste révolutionnaire, La Chaîne lui propose de participer à l’élection de Monsieur-tout-le-monde, on lui fait miroiter un monde de paillette, plein d’avantages alléchants…Quel moyen choisira-t-il pour prendre sa revanche sur le monde, pour ne plus être un pauvre type ? La lutte engagée ou la soumission à la société de consommation ?

Extrait :
"-Oui ? Qui est-ce ?
-Monsieur Blin, mon nom ne vous dira absolument rien. Je m’appelle André Denner. Nous nous sommes croisés tout à l’heure, au square. J’aurais à vous parler personnellement, si vous voulez bien m’accorder quelques instants.
Antoine Blin ne répond pas. La curiosité qui monte en lui va l’emporter sous peu. Il va ouvrir, reconnaître l’individu qui a marqué un temps d’arrêt et s’est tourné vers lui. Comment son odeur, se dit-il, a-t-elle pu pousser quelqu’un à monter chez lui, si haut, par cette chaleur ? Oublie ça. Qu’il entre. Laisse-le parler, permets-lui de s’asseoir et fais mine d’être aimable, il vient de gravir cinq étages, et sers-lui, non propose-lui un verre.
-Vous êtes bien Antoine B lin , né le 30 juillet 1962 ? Je n’ai rien à voir avec la police, rassurez-vous. Je ne suis ni huissier, ni détective, ni agent d’assurance. J’ai simplement à vous parler. Vous permettez ?
-Faites, entrez…je n’ai pas beaucoup de temps pour vous, je dois aller travailler bientôt.
-Vous êtes ?
-Employé des postes, au tri. J’y vais tard, le soir. Vous voulez un verre d’eau, une bière ?
-Ce n’est pas de refus. Une bière suffira, merci.
-Asseyez-vous.
Deux hommes s’observent. Antoine voit depuis un certain temps le début de sa quarantaine fuir, l’autre doit la voir approcher.
-Je m’excuse de faire intrusion chez vous monsieur Blin. En vous voyant sur le banc, tout à l’heure, je vous ai reconnu.
-Reconnu ? Votre visage ne me dit rien mais ma mémoire ces temps-ci…Où donc …?
-C’est une image, seulement une image, monsieur Blin. Je vous ai reconnu comme faisant partie des nôtres. Voilà. Nous autres, lorsque nous rencontrons quelqu’un comme vous, comment vous dire…Nous cherchons intuitivement quel enfant il a pu être dans la cour de l’école, avec encore en lui les espoirs, les émerveillements qu’il perdra un à un. Nous remontons avant la catastrophe. Avant le moment où Mozart a été assassiné, vous me suivez ? Quand l’enfant croit encore en lui. A ses chances, sans imaginer qu’à son âge, la plupart des portes sont déjà closes. Je sais Mozart ne se laisse pas assassiner en un jour. Il meurt par empoisonnement lent, continue d’agoniser en nous toute la vie. Mais comprenez-moi bien, écoutez et ne vous offusquez pas. Vous êtes, comme moi, un pauvre type. Nous sommes des pauvres types et avons tout intérêt à unir nos défaites respectives pour tenter de vivre malgré tout. Si nous acceptons de regarder la réalité en face, si vous acceptez de le faire dès aujourd’hui comme je l’ai fait, il y a un certain temps, vous changerez. Vous ne serez plus seul à seul avec le mépris des autres, des riches, des bluffeurs, des bien-pensants et de ceux qui ont le cul bordé de nouilles, n’est-ce pas . Je vous le dis en face, là, vous êtes un pauvre type, et vous ne répondez rien. Vous ne me flanquez pas dehors. Vous ne rougissez pas. Vos poings ne se serrent pas. Vous pourriez exiger des excuses, m’envoyer un pain dans la gueule ; je suis tout de même venu vous insulter chez vous, dans votre seul espace de tranquillité, où le salariat, et la hiérarchie vous foutent à peu près la paix. Et je remets ça, écoutez bien : Vous êtes un pauvre type, Antoine Blin. Vous n’avez pas réagi, vous ne cillez pas. C’est à croire que vous saviez ce que je vous dis. Vous comprenez que je ne suis pas venu vous insulter, que je suis là pour tout autre chose."

01/04/2008

"Cul de sac" de Douglas Kennedy

C’est l’histoire de Nick un petit journaliste, qui vit une vie assez médiocre et qui décide pendant ses congés de partir en Australie tailler la route, et ce après en avoir trouvé une vieille carte chez un bouquiniste. La rareté du réseau routier l’intrigue, et la description des paysages sublimes par les guides l’émerveille. Après s’être bourré la gueule, entre deux hoquets au-dessus des toilettes il prend sa décision : il vend sa bagnole, prend ses économies de 5 ans téléphone à son employeur pour se « décommander » et prend l’avion. Sauf que ce que Nick va vivre sera tout sauf sublime et éblouissant. D’emblée il se retrouve confronté à ce qu’on pourrait appeler communément des péquenauds, clope baveuse aux lèvres avachis devant des stripteaseuses à la chair triste. La chaleur est aussi insoutenable que la mentalité du coin. Mais Nick va tout de même prendre la route avec un beau combi qu’il achète sur place. Mais alors que sur la route déserte il s’arrête faire le plein, il tombe sur Angie, une grande fille bien charpentée, assez jolie. Il la prendra en stop. Et les emmerdes commencent. Il va se retrouver dans la quatrième dimension, et va vivre un véritable cauchemar. Je ne vous dis pas quoi, je vous laisse découvrir ce thriller par vous-même parce que c’est un régal, un petit bijou de noirceur comme on aime.

Extrait:
"A deux heures de route de Darwin, je me suis farci mon premier kangourou. Il faisait nuit noire. Et aussi noire que ça, je ne pensais pas que c’était possible. La conduite de nuit en rase campagne, je l’avais abondamment pratiquée, dans mon Maine natal, mais là…rien à voir. Et ce n’était pas un vain mot ! Pas de line, pas de lampadaires, pas de phares de bagnoles venant en sens inverse. Pas même la plus petite lueur d’étoile dans ce putain de ciel complètement bouché. Le noir absolu. Et pourtant, toutes les deux ou trois bornes, le pinceau de mes phares en faisait surgir deux points phosphorescents, à quelques dizaines de mètres devant mon pare-chocs - une paire de prunelles, qui semblaient flotter dans l’opacité du néant. Chaque fois, je sentais mes mains se crisper davantage sur le volant. Quelque chose était là, l’affût. Et la proie c’était moi.
Et puis, il y eu ce bruit écœurant contre le pare-chocs, à l’instant où je percutais un obstacle invisible. Le klaxon s’est mis à hurler en continu.
Complètement speedé à l’adrénaline, j’ai jailli du combi. J’aussi pas dû. La première chose sur laquelle j’ai posé le pied a été le corps du délit - ou plutôt, celui d’un solide kangourou, un mètre cinquante au garrot, désormais sans vie…J’ai fait un bon pour l’éviter. Ca non plus j’aurais pas dû. Le bestiau nageait dans une mare de sang et j’ai atterri en plein milieu. Mes semelles ont dérapé. Une faute de carres et je me suis reçu sur le cul. A mes quelques paires de côtes endolories, je pouvais maintenant ajouter un coccyx en marmelade. Me relever a été du sport, mais la douleur de me hisser sur mes pieds valait largement le plaisir douteux de rester vautré sur un kangourou au cou incliné à quatre-vingt-dix degrés, qui continuait à pisser le sang par les naseaux. Je me suis traîné jusqu’à la portière et, après avoir localisé ma lampe torche, je suis allé inspecter les dégâts. Ca se résumait à peu de chose : un phare kaput et un sérieux pet dans la calandre et le pare-chocs. Je m’en tirais plutôt bien, vu la réputation qu’on faisait aux kangourous-tamponneurs…J’avais dû choper le mien en plein bond et l’envoyer dinguer hors de la trajectoire du combi. Si je l’avais pris de plein fouet, l’avant du VW aurait maintenant un petit air d’accordéon bavarois…j’aurais dû m’estimer heureux, mais j’étais furax. Furax de m’être oublié à enfreindre une des règles cardinales de l’Outback : ne jamais rouler après le coucher du soleil. Tous les guides étaient pourtant clairs sur les dangers inhérents à la conduite nocturne, et insistaient lourdement sur le risque majeur que constituaient les kangourous errants. Mais tout à ma hâte d’essayer mon nouveau jouet, j’avais jeté la plus élémentaire prudence aux orties- et complètement négligé de me faire à la conduite à gauche. Moins d’une heure après être devenu l’heureux propriétaire du combi, j’avais réglé ma chambre d’hôtel, acheté quelques provisions et quitté Darwin bille en tête. Trop de précipitation nuit. J’aurais dû m’en souvenir…Encore une connerie à mon actif."

19/02/2008

Alain Robbe-Grillet "les Gommes"

Un roman d’Alain Robbe-Grillet (1953)Daniel Dupond aurait été assassiné par des terroristes. L’inspecteur Wallas arrive dans cette ville dont on ne connaît pas le nom pour enquêter sur ce meurtre étrange…d’autant plus étrange qu’il n’y a pas de cadavre. Daniel Dupond est-il vraiment mort ?« Quel est l’animal qui est parricide le matin, inceste à midi et aveugle le soir ?" Qu’est ce que Wallas est venu faire dans cette même ville avec sa mère étant petit ? Pourquoi le commissaire Laurent dit que "le coup de pistolet qui a tué Daniel Dupont est parti d'un autre monde !" ? Quel témoin se cache derrière le rideau au curieux motif ? Wallas trouvera-t-il enfin la gomme qu’il cherche, "très douce et friable", dont il a vu autrefois un modèle. Le nom de la marque était à demi effacé, mais il subsistait la syllabe centrale. : ... di ... ?Pourquoi la montre de Wallas s’est elle arrêtée à sept heures trente, heure présumée du meurtre ?Suivez Wallas à travers les rues et les carrefours de la ville pour avoir les réponses à toutes ces questions.Allain Robbe-Grillet est un auteur phare du nouveau roman, dont la fonction est de rénover le roman, de renoncer à l’illusion réaliste, reléguant les personnages au second plan au profit des objets et des lieux. Les Gommes est le premier roman de Robbe-grillet et un des tout premiers du genre (nouveau roman) .
Extrait:
« On ne meurt pas si vite d’une petite blessure au bras. Allons donc ! Le patron soulève ses épaules pesantes d’un mouvement de refus mêlé d’indifférence : ils peuvent bien écrire ce qu’ils veulent, mais ils ne lui feront pas croire ça, avec leurs informations fabriquées exprès pour tromper le monde.« Mardi 27 octobre. Un cambrioleur audacieux s’est introduit, hier à la nuit tombée, dans la demeure de M. Daniel Dupont, au numéro 2 de la rue des Arpenteurs. Surpris dans sa besogne par le propriétaire, le malfaiteur, en prenant la fuite, tira sur M. Dupont plusieurs coups de revolver… » La vieille est arrivée tout essoufflée. C’était un peu avant huit heures ; le café était vide. Non, il y avait encore l’ivrogne qui dormait à moitié dans son coin ; il n’y avait plus personne à emmerder avec ses devinettes : les autres avaient tous fini par s’en aller dîner. La vieille a demandé si elle pouvait téléphoner. Bien sûr quelle pouvait ; le patron lui a indiqué l’appareil accroché au mur. Elle tenait à la main un carré de papier qu’elle a consulté pour composer son numéro tout en continuant à parler : il n’y avait plus moyen d’appeler de chez elle, quelque chose de détraqué depuis samedi. « Chez elle » c’était la petite maison au coin de la rue, avec une haie autour. A qui s’adressait-elle au juste, c’était dur à dire. A lui probablement, puisque l’ivrogne se désintéressait ouvertement de l’affaire ; elle paraissait pourtant vouloir atteindre, au-delà, un auditoire plus vaste, comme une foule sur une place publique ; ou bien toucher en lui un sens plus profond que l’ouïe. Depuis samedi, et personne n’était encore venu faire la réparation.-Allo ! Le docteur Juard, s’il vous plait ?Elle criait encore plus fort que pour raconter ses malheurs.-Il faut que le docteur vienne tout de suite. Il y a quelqu’un de blessé. Tout de suite, vous entendez ? Un blessé ! Allo ! Vous entendez !…Elle, en tout cas, n’avait pas l’air d’entendre très bien. A la fin elle lui a tendu l’écouteur supplémentaire et il a du transmettre les réponses de la clinique. Sourde sans doute. Elle suivait les mots sur ses lèvres quand il parlait.-Monsieur Daniel Dupont, 2 rue des Arpenteurs.Le docteur connaît.Du regard elle l’interrogeait.Ca va il arrive.Elle a continué, en payant sa communication à discourir avec précipitation. Elle n’avait pas l’air affolée, un peu surexcitée plutôt. En sortant de table M. Dupont avait trouvé un bandit dans son bureau – il y a des gens qui ont de l’audace- qu’il venait de quitter ; où la lumière était même restée allumée ! Qu’est –ce qu’il voulait, hein ? Voler des livres ?Son maître n’avait eu que le temps de bondir dans la chambre à côté, où était son revolver ; il avait eu seulement le bras effleuré par une balle ; Mais quand il était ressorti dans le couloir, l’autre avait déjà décampé. Et elle n’avait rien vu ni rien entendu, c’était le plus fort ! "

17/01/2008

Julien Gracq "Le rivage des Syrtes"

le narrateur et son amie sont allanguis sur un lit soudain submergé par des eaux métaphoriques:

"Parfois à mon côté, je la regardais s’endormir, décollée insensiblement de moi comme d’une berge, et d’une respiration plus ample soudain prenant le large, et comme roulée par un flot de fatigue heureuse ; à ses instants elle n’était jamais nue, mais toujours, séparée de moi, ramenait le drap d’un geste frileux et rapide jusqu’à son cou -son épaule qui soulevait le drap, toute ruisselante de sa chevelure de noyée, semblait écarter d’elle l’imminence d’une masse énorme : la longue étendue solennelle du lit l’enfouissait, glissait avec elle de toute sa nappe silencieuse ; dressé sur un coude à côté d’elle, il me semblait que je regardais émerger de vague en vague entre deux eaux la dérive de cette tête alourdie, de plus en plus perdue et lointaine. Je jetais les yeux autours de moi, tout à coup frileux et seul sous ce jour cendreux de verrière triste qui flottait dans la pièce avec la réverbération du canal : il me semblait que le flux qui me portait venait de se retirer à sa laisse la plus basse, et que la pièce se vidait lentement parle trou noir de ce sommeil hanté de mauvais songes. Avec son impudeur hautaine et son insouciance princière, Vanessa laissait toujours battantes les hautes portes de sa chambre : dans le demi-jour qui retombait comme une cendre fine du rougeoiement de ces journées brèves, les membres défaits, le cœur lourd, je croyais sentir sur ma peau nue comme un souffle froid qui venait de cette enfilade de hautes pièces délabrées ; c’était comme si le tourbillon retombé d’un saccage nous eût oubliés là, terrés dans une encoignure, comme si mon oreille dressée malgré moi dans l’obscurité eût cherché à surprendre au loin, le fond de ce silence aux aguets de ville cernées, la rafale d’une chasse sauvage. Un malaise me dressait tout debout au milieu de la chambre ; il me semblait sentir entre les objets et moi comme un imperceptible surcroît de distance, et le mouvement de retrait léger d’une hostilité murée et chagrine ; je tâtonnais vers un appui familier qui manquait soudain à mon équilibre, comme un vide se creuse devant nous au milieu d’amis qui savent déjà une mauvaise nouvelle. Ma main serrait malgré elle l’épaule de Vanessa ; elle s’éveillait toute lourde ; sur son visage renversé je voyais flotter au dessous de moi ses yeux d’un gris plus pâle, comme tapis au fond d’une curiosité sombre et endormie -ces yeux m’engluaient, me halaient comme un plongeur vers leurs reflets visqueux d’eaux profondes ; ses bras se dépliaient, se nouaient à moi en tâtonnant dans le noir ; je sombrais avec elle dans l’eau profonde d’un étang triste, une pierre au cou."

Résumé:
À la suite d'un chagrin d'amour, Aldo se fait affecter par le gouvernement de la principauté d'Orsenna dans une forteresse sur le front des Syrtes. Il est là pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, le Farghestan. Aldo rêve de franchir la frontière, y parvient, aidé par une patricienne, Vanessa Aldobrandi dont la famille est liée au pays ennemi. Cette aide inattendue provoquera les hostilités... Dans ce paysage de torpeur, fin d'un monde où des ennemis imaginaires se massacrent, le temps et le lieu de l'histoire restent délibérément incertains dans un récit à la première personne qui semble se situer après la chute d'Orsenna. Julien Gracq entraîne son lecteur dans un univers intemporel qui réinvente l'Histoire et donne lieu à une écriture qui s'impose avec majesté, s'enflamme au contact de l'imagination. Pour Le Rivage des Syrtes Julien Gracq obtint en 1951 le prix Goncourt, qu'il refusa.

15/01/2008

" Mort aux cons "Carl Aderhorl

« Contrairement à l’idée répandue, les cons ne sont pas réformables ; les campagnes de prévention ou les actions pédagogiques n’ont pas de prise sur eux. Une seule chose peut les amener non pas à changer, mais du moins à se tenir tranquille : la peur. Je veux qu’ils sachent que je les surveille et que le temps de l’impunité est révolu.
Je compte à mon actif cent quarante meurtres de cons. Afin qu’ils ne soient pas morts pour rien, je vous enjoins de lire ce manifeste. Il explique le sens véritable de mon combat ».
Ce roman nous raconte l’histoire d’un homme sans histoire qui un jour décide de ne plus se laisser emmerder. Tout commence avec le chat de la voisine : en le balançant par la fenêtre un soir de ras le bol. Il va vite se rendre compte que la mort du félin va faire parler les gens, des gens qui ne se parlaient pas ou peu avant ça. C’est alors qu’il décide de tuer des animaux de compagnie pour créer du lien social. Puis le déclic se fait avec la concierge puis avec Patinex (le narrateur et son ami son entrain d’isoler un plancher):

Extrait:
« -Bonjour, c’est moi !
Il n’était pas très grand, plutôt petit en fait. Mais il émanait de lui, de son cou de taureau, de son torse massif et de ses muscles, de ses bras bien dessinés, une impression de force très grande. Le genre de type tout d’une pièce, qui sous un abord sympathique vous laisse pourtant un sentiment désagréable. Je devinai quelqu’un de franc et obtus dont les rapports avec les autres reposent sur une certaine façon directe et avenante, mais profondément lourde, de s’imposer.
Il arborait un vieux pantalon de survêtement et un tee-shirt usé à force d’avoir été lavé.
L’espace de quelques secondes, les traits de Jean-Paul se contractèrent en un rictus de contrariété. Il posa son cutter sur la table et prit son air le plus souriant.
- Bernard ! Laisse-moi te présenter nos amis qui sont ici pour quelques jours.
Jean-Paul se tourna vers moi et continua sur le même ton :
-Bernard est notre voisin. Notre sauveur, devrais-je dire, car dès qu’on a un problème dans la maison, Bernard est là pour nous aider.
Mais les grimaces qu’il me faisait démentaient la sincérité de ses propos.
L’autre me donna une poignée de main, comme on offre son amitié, mais j’eus plutôt l’impression qu’il essayait de me jauger.
-Enchanté !
[…]
Il examina nos travaux.
-Le polystyrène, c’est pas valable, finit-il par dire. A mon avis, ça ou rien, c’est à peu près pareil. Ou alors, t’aurais dû mettre des plaques de 12 minimum. Là vous avez posé du 8 ?
-Du 10
-Du 10 ? C’est pas assez. Vaut mieux de la laine de verre ? Ca c’est valable.
-Oui, je sais, s’excusa Jean-Paul. Mais on voulait pas se lancer dans trop de frais.
-Oh he, farceur ! Tu prends du Patinex 500. Pas du 100 parce que ça n’isole pas assez. Du 500. C’est pas très cher. 50 le kilo. Il t’en faut…Voyons voir….
Il sortit son mètre de sa poche de survêtement.
-1 mètre…Rends-toi utile. Tiens-moi l’autre bout, dit-il à Jean-Paul. 2 mètres…3 mètres…55…3 mètres 55 pour ici. Et là…1 mètre. 2 mètres…3 mètres..4 mètres…12. Combien j’ai dit déjà pour l’autre mur ?
-3 mètre 55, répondis-je.
-C’est bien. Y en a au moins un qui suit.(il rit).
[…]
Dix minutes plus tard, il nous avait convaincus (imposé serait plus juste) d’aller acheter son Patinex (à force de nous bassiner avec son « Patinex, c’est valable », nous finîmes, Jean-Paul et moi, par le surnommer ainsi entre nous), de défaire tout ce que nous avions déjà posé et de recommencer à zéro.
[…]
Patinex avait pris le chantier sous sa direction et semblait ne jamais vouloir le terminer. Il se sentait chez lui. Nous avions repéré qu’en fonction des heures de la journée, ses humeurs ou ses sujets de conversation étaient réglés comme la bulle du niveau.
Le matin était consacré aux plaisanteries vaseuses, aux jeux de mots idiots. Ainsi, quand il examinait ce que nous étions entrain de faire, il ponctuait ses remarques par « c’est du travail d’Arabe ». Certains jours, c’était au tour des Italiens ou des Marseillais de faire les frais de son ironie. Il y avait aussi une blague qu’il nous resservait très souvent. « Ces dames n’écoutent pas ? demandait-il avant de commencer. Bon. Vous connaissez la devise des bricoleurs ? Il vaut mieux l’avoir blanche et droite que black et d’équerre ! » (Rire).
[…]
Plus la journée avançait, plus son humeur s’assombrissait. Il se livrait alors à un certain nombre de réflexions, toujours les mêmes (sauf l’ordre changeait), où se mêlaient le souvenir de son trekking au Népal, la supériorité du chauffage au gaz sur l’électrique et la responsabilité de Mai 68 dans les problèmes actuels. Et même s’il nous demandait sincèrement notre avis, et écoutait les remarques de Jean-Paul (j’étais trop fatigué pour tenir un raisonnement), il ramenait les propos de mon ami à sa façon de voir les choses.
Après le mur, nous refîmes la cuisine, comme chez Nicole, sa femme, puis nous transformâmes la véranda en bow-window. Alors que nous touchions au but, il ne restait plus que quelques finitions, il nous annonça qu’il avait eu une grande idée :
Vu que la Ferme est devenue un palace, il me semble qu’il faudrait y ajouter la touche finale qui en ferait véritablement un château !
Jean-Paul et moi, nous nous regardâmes, atterrés et inquiets.
-A quoi pensez vous ? demanda Christine.
-à quelque chose qui donne un cachet à une maison. On voit ça dans les films. Et de plus ce serait véritablement mon chef-d’œuvre car je n’en ai jamais construit avant.
-une mezzanine ?
- tu es le maillon faible Jean-Paul. Au revoir.
-Une cheminée ? Hasarda Nicole.
-Bravo, il y en a une qui suit !
[…]
Tout le monde garda un silence gêné. Jean-Paul et Martine cherchaient comment parer le coup sans vexer Patinex. Christine me regardait avec un air de compassion. Quant à moi, ma décision était prise.
Dans la nuit, je me levai sans faire de bruit et préparai ce qui était nécessaire à la réalisation de mon plan. Le lendemain matin, je le guettai devant la porte. Précis comme une horloge, il arriva à huit heures vingt-neuf.
Je lui expliquai que nous avions été dérangés toute la nuit par des bruits bizarres du côté du grenier.
-Des fantômes, lâcha-t-il en rigolant. C’est normal vu qu’on fait de la Ferme un château…
-Des rongeurs sans doute. J’ai pris l’échelle pour regarder à la base du toit, au niveau du grenier, mais je n’ai rien vu. Comme je n’y connais pas grand-chose, je me demandais si…
-…je ne pourrais pas jeter un œil ?....
Je fis oui de la tête, de l’air d’un adolescent sollicitant l’aide de son père.
-Pas de problème. Montre-moi où c’est.
Je fis le tour de la maison, et lui désignai l’échelle.
-Juste en haut, lui dis-je.
-ah c’es intellos…lâcha-t-il en commençant à grimper. Et Jean-Paul, il est où ?
-Il dort encore.
Quoi ? Avec tout ce qu’on a à faire aujourd’hui ! dit-il en riant. Tout ça c’est de la faute à Martine. Entre nous, elle m’a tout l’air d’avoir un sacré….
Il n’acheva pas. Son pied venait de se poser sur l’un des derniers barreaux que j’avais pris la peine de scier légèrement. Cela ne se voyait pas à l’œil nu, j’avais prévu qu’il se brise à la moindre pression. Patinex tomba de près de trois mètres de haut sur un tas de gravats dans lequel durant la nuit j’avais enfoncé des tiges de fer. Ces jours de bricolage n’avaient pas été totalement inutiles puisqu’ils m’avaient permis de préparer ce piège selon les règles appliquées par tout bon bricoleur : anticipation, rigueur et méthode. « Une question d’organisation », aurait dit feu Patinex. »

19/12/2007

La maladie de sachs, de Martin Winckler

Bruno Sachs est médecin à Play depuis quelques années déjà. Dans son bureau on voit passer les vieux, les vieilles, les femmes angoissées et leurs enfants, les papas et maris inquiets. Ceux qui souffrent physiquement, ceux qui ont mal à l'âme, ceux qui n'en peuvent plus, ceux qui veulent y croire, ceux qui le font croire...mais qu'en est-il du médecin? Après avoir lu ce livre on n'est plus le même patient, c'est bouleversant et édifiant, on rit souvent de la mesquinerie et de la méchanceté des gens et des médecins aussi...on apprend beaucoup sur les hommes et leurs souffrances, et sur les moyens et surtout la manière de les soulager.

Petits extraits:
"Qu’est ce qui ne va pas ?

J‘ai mal au ventre.
Je perds mes cheveux.
J’ai une verrue.
Je vois plus d’un œil.
J’ai la tête qui tourne, ça serait pas la tension ?
J’ai mal au dos.
J’ai toujours soif.
J’ai mal au pied.
Ca me gêne de vous le dire mais j’au une douleur mal placée.
Je peux plus bouger.
Je saigne.
Je n’en peux plus.
J’ai un truc là, dans la bouche.Ca me fait peur.


Pourquoi venez-vous me voir ?
Parce que je ne sais plus quoi faire.
Parce que ça fait trop longtemps que ça dure.
Parce que ça ne peut plus durer.
Parce que je n’ai pas trop le choix, si ça ne dépendait que de moi, vous savez, les médecins, moins j’en vois, mieux je me porte.
Parce que ma mère/mon père/mon patron/ma patronne/mon mari/ma femme/mon fils/ma fille/mes petits enfants/mes voisins/tout le monde m’a dit de venir, mais franchement, moi je sais que je n’ai pas besoin de médecin, c’est pas parce que je suis fatiguée que je vais mal, et puis, il faut bien mourir de quelque chose.
Parce que j’ai un rappel de vaccin à faire. Ca va faire mal ?
Parce que j’ai encore besoin de quelques séances de massages, ça m’a fait du bien et le kiné m’a dit que je pouvais vous en redemander, c’est vrai que j’ai moins mal, même mon mari me trouve plus détendue.
Parce que je suis pas retourné à la caserne hier, j’ai appelé pour dire que j’étais malade mais en fait je vais bien et j’ai besoin d’un papier.
Parce que j’ai peur que mon mari ait quelque chose de grave et qu’il n’ait pas voulu me le dire, alors j’ai décidé de vous le demander à vous mais bien sûr je lui dirai pas que je suis venue vous voir, vous pouvez me faire confiance !
Parce que j’ai grossi.
Parce que j’ai maigri.
Parce que je ne dors plus.
Parce que je dors sans arrêt.
Parce que je supporte plus mes gosses.
Parce que mon père m’a frappée.
Parce que je pleure tout le temps.
Parce que j’ai des mauvaises idées.
Parce que je n’ai plus d’éther à la maison.
Parce qu’avec ma femme/mon mari/ma fille/mon fils/ma mère/mon père/ms frères et sœurs ça ne va plus du tout, surtout depuis la succession de ma grand-mère.
Parce que j’en ai marre de me crever le cul pour rien.
Parce que je n’ai que trente ans mais j’ai déjà mal partout.
Parce que j’ai déjà quarante ans et je commence à m’inquiéter.
Parce que j’ai passé la cinquantaine et il serait temps.
Parce que j’ai presque soixante ans et je voudrais que ça continue.
Parce que j’ai soixante-dix ans passés et mon fils se fait du souci.
Parce que j’ai bientôt quatre-vingt ans et je veux mourir chez moi.
Parce que j’ai quatre-vingt dix ans et vous savez, j’en ai marre de vivre.
Qu’avez-vous ? Eh bien, je ne sais pas, c’est à vous de me le dire ! Moi, je ne suis pas médecin."
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« Je ne veux plus le voir : la dernière fois, il a refusé de me prescrire mon médicament contre le cholestérol. Il dit que ça ne sert à rien et que c’est dangereux. Mais enfin, si les médicaments faisaient plus de mal que de bien, les docteurs n’en prescriraient pas ! Il dit que le cholestérol c’est moins grave que mon asthme et les cigarettes. Mais moi, je ne lui demande pas d’arrêter de fumer, je lui demande de soigner mon cholestérol. L’autre jour, il a dit : Moi je ne soigne pas le cholestérol, je soigne les gens, à votre âge vous avez tout le temps de mourir d’autre chose que du cholestérol. J’ai dit : Bon, si c’est tout ce que vous me souhaitez, et je suis parti. Non mais ! Pour qui il se prend ? Je sais quand même mieux que lui de quoi j’ai besoin. C’est qui le malade ? »
Ce roman a été adapté avec talent au cinéma par Michel Deville, avec Albert Dupontel dans le rôle du médecin. Je vous le conseille fortement!

05/12/2007

No Kids: quarante raisons de ne pas avoir d'enfant
Un ouvrage très drôle (un peu inégal du point de vue de l'humour cela dit) de Corinne Maier qui nous explique pourquoi il est préférable de ne pas avoir d'enfants.

Extraits :
L’accouchement, une torture.
Les joies de l’accouchement sont une intox totale. Sauf pour certaines femmes, dont le corps, probablement, est profilé sur le modèle du tube, l’accouchement fait mal, Très mal, même. Certes, les secours de la péridurale (anesthésie locale) sont d’une grande aide, mais même comme ça, accoucher est loin d’être une partie de plaisir. Personnellement, accoucher est ce que j’ai vécu de plus douloureux, de toute mon existence, il est vrai assez protégée. Les femmes qui disent « l’accouchement a été le plus beau moment de ma vie » me sont suspectes : depuis que j’ai accouché, je sais qu’elles mentent. Certaines, plus prudemment, déclarent : « je ne me souviens de rien », ce qui signifie souvent « Je ne veux pas en parler ».
La réalité, c’est qu’accoucher dure des heures, parfois une journée entière, qu’on est immobilisée comme un gros scarabée avec un tuyau planté dans le dos, que les contractions donnent l’impression que le ventre va éclater de l’intérieur …Un accouchement, c’est de la douleur, du sang et de la fatigue (et du caca aussi, parait-il, mais ça, c’est un cadeau pour la sage-femme ou le médecin)[…]
Mais le pire commence après l’accouchement. Le sentiment d’épuisement. Les plis sur un ventre qui ne sera jamais plus celui d’une jeune fille. Le face-à-face avec un brouillon d’être humain dont on va être responsable pendant d’interminables années. Michel Houellebecq évoque, dans « la possibilité d’une île » le « dégoût » légitime qui saisit tout homme normalement constitué à la vue d’un bébé. » En effet, un nourrisson qui vient de naître est laid à faire peur : face rougeaude et bouffie, traits inexistants, regard voilé d’une taie bleuâtre, tout en lui devrait nous inspirer la répulsion. Les jeunes parents, de plus en plus nombreux à orner leurs faire-part de naissance de photos de leurs rejetons, n’ont pas l’air de s’apercevoir qu’ils sont les seuls (avec leurs propres parents) auxquels ce type de clichés fait plaisir.[…]

Gardez vos amisC’est bien connu, l’amour rend bête. L’amoureux qui parle de sa dulcinée pendant deux heures d’affilée, en énumérant ses qualités et citant ses bons mots, saoule tout le monde. Il en est de même du parent ébloui, admiratif devant le produit de ses entrailles, qui lasse son entourage par un excès de dévotion parentale. Oui, celui-là même dont Courteline disait : « Un des plus clairs effets de la présence d’un enfant dans un ménage est de rendre complètement idiots de braves parents qui, sans lui, n’eussent peut-être été que de simples imbéciles. »
Le désastre commence au stade du faire-part de naissance : ce n’est plus Evelyne et Jacques qui font part de la venue au monde d’Antoine, mais Antoine qui fait savoir qu’il est arrivé chez Evelyne et Jacques. Le parent émerveillée fait circuler sur internet des photos de famille mièvres, montre à qui veut (et qui ne veut pas) des films vidéos de son enfant pendant le bain ou déballant des cadeaux de noël. Il circule avec un badge « bébé à bord » sur la lunette arrière de son auto : une sorte d’image pieuse des temps modernes, aussi utile qu’un gri-gri magique pour conjurer le mauvais sort.
Il prend au mot toute personne qui lui demande poliment « comment va le petit ? », comme on dirait « bonjour », sans attendre forcément de réponse. Car le parent gaga se sent obligé de tenir la terre entière au courant des progrès fulgurants de sa progéniture (« Oscar va sur le pot », « Alice fait ses nuits », « Noé a dessiné un bonhomme de neige incroyablement ressemblant », « hier, Ulysse a dit Papa caca », « Malo passe en CM2 »)
Rien de plus limité que la conversation du parent sidéré parce qu’il a réussi à créer un être humain. Aussi lorsqu’un enfant paraît, les amis disparaissent. Il est vrai que c’est très vite le petit chéri qui répond au téléphone, ce qui fait qu’on a du mal à parler à ses parents : Jules organise un filtrage ultra efficace de tous les appels qui ne le concernent pas en raccrochant dès qu’il entend une vois d’adulte inconnue.
[…]
Avez-vous déjà rendu visite à des nouveaux parents accablés de jeunes enfants ? C’est effarant. Quand on arrive, vers vingt heure, les enfants ne sont évidemment pas couchés et sautent partout en criant. Pas moyen d’avoir une conversation tranquille entre amis, car leurs Gremlins vont et viennent en hurlant, font toutes les bêtises de la terre pour attirer l’attention, jettent des jouets sur les amuse-gueules. Tandis que les parents tentent de les calmer par de longues explications qui ne convainquent personne : « ma puce, il est vingt-deux heures et il est bon pour toi d’aller te coucher car le sommeil est réparateur », les invités se doivent de faire bonne figure et de ne pas montrer leur exaspération. Au bout d’une heure de charivari, l’invité se contient pour ne pas dire « Soit ils se calment, soit je me casse ».

16/11/2007

"Doublez votre mémoire" Journal graphique de Philippe Katerine


C'est la première fois que j'écris une note sur un livre que je n'ai pas fini de lire. Mais je suis vraiment enthousiaste par la forme de ce journal, et par son contenu! C'est bourré de petits dessins, de collages, c'est publié tel quel avec l'écriture de Katerine, avec les fautes et les ratures. Il y a des jours où il écrit mieux que d'autres, le tout est très drôle, et très touchant, non seulement dans le récit, quand il évoque son opération du coeur, quand il a le sentiment que son père le prend en photo ou lui raconte une histoire pour la dernière fois,mais aussi quand il fait des croquis avec l'application d'un écolier, et que l'on voit à travers le feutre, le crayon à papier de l'esquisse par endroits, feutre qui a traversé et que l'on voit encore en tournant la page suivante, on a l'impression de tenir le journal original entre les mains. C'est vivant, ça me donne envie d'en faire un, de raconter en images mes rêves comme il le fait avec des petits dessins naïfs. L'ensemble est délirant comme ses chansons, c'est plein de poésie, bref j'adore! En plus il voue comme moi un certain dégoût voire une haine envers les oiseaux...j'aime cet homme! je me sens moins seule! Quelques extraits:



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06/09/2007

"Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit "de Mark Haddon

Christopher a des troubles du comportement...à aucun moment dans le livre il est dit qu'il est autiste (il semblerait que ce soit l'éditeur qui ai voulu rajouter ça en 4ieme de couv), l'auteur a mis au point le profil de Christopher, et l'a laché dans le monde pour résoudre une enquête: la mort du chien (Wellington)de sa voisine Mme Shears. Christopher aime les voitures rouges, mais pas les jaunes, en fait il deteste tout ce qui est jaune ou brun, du coup il deteste les bananes parce qu'elles sont jaunes et deviennent marron après. Mais dans sa petite boîte il a du colorant alimentaire rouge au cas où... S'il voit plusieurs voitures rouges d'affilée ça sera une très bonne journée! Christopher n'aime pas qu'on le touche, ça lui fait peur, alors pour faire des câlins avec ses parents ils se touchent les doigts. Il a un petit rat apprivoisé qui s'appelle Toby. Christopher adore les mathématiques, quand il en fait, ça le calme, d'ailleurs moi aussi ça m'a calmée parce que vu mon niveau en math hum hum. Christopher ne sait pas mentir, ce qui rend des fois sa relation avec les autres assez compliquée...Je vous en dis pas plus, je vous laisse découvrir ce roman terrible et touchant. Il semblerait que Brad Pitt ait acquis les droits du bouquin pour en faire un film, et le scénariste des "Harry Potter" signerait l'adaptation. En attend, pour vous donner un aperçu, voici un petit extrait:

"Et puis la police est arrivée. J’aime bien les policiers. Ils ont des uniformes et des numéros, et on sait ce qu’ils sont censés faire. Il y avait une policière et un policier. La policière avait un petit trou dans ses collants à la cheville gauche et une égratignure rouge au milieu du trou. Le policier avait une grande feuille orange collée à la semelle de sa chaussure, qui dépassait d’un côté.
La policière a pris Mme Shears par les épaules et l’a raccompagnée dans la maison.
J’ai levé la tête.
Le policier s’est accroupi à côté de moi. Il a dit : « Et si tu me racontais un peu ce qui se passe ici , jeune homme ? »
Je me suis assis et j’ai dit : « Le chien est mort. »
Il a dit : « c’est ce que j’ai cru comprendre. »
J’ai dit : « Je pense que quelqu’un l’a tué . »
Il a demandé : « Quel âge as-tu ? »
J’ai répondu : « J’ai 15 ans, 3 mois et 2 jours. »
Il a demandé : « Tu pourrais me dire ce que tu faisais dans ce jardin ? »
J’ai répondu : « je tenais le chien. »
Il a demandé : « Et pourquoi ? »
C’était une question difficile. J’avais envie de le faire. J’aime bien les chiens. J’étais triste que le chien soit mort.
J’aime bien les policier aussi, et je voulais répondre correctement à cette question, mais il ne m’a pas laissé le temps de trouver la bonne réponse.
Il a demandé : « Pourquoi est-ce que tu tenais le chien ? »
J’ai dit : « J’aime bien les chiens. »
Il a demandé : « C’est toi qui l’as tué ? »
J’ai dit : « Ce n’est pas moi. »
Il a demandé : « Et cette fourche, elle est à toi ? »
J’ai dit : « Non. »
Il a dit : « Tu m’as l’air drôlement secoué. »
Il posait trop de questions, et il les posait trop vite. Elles s’empilaient dans ma tête comme les miches de pain dans l’usine où travaille oncle Terry. C’est une boulangerie industrielle, et il s’occupe des machines qui coupent le pain en tranche. Des fois, la trancheuse ne va pas assez vite, mais les pains continuent à arriver et ça provoque un bourrage. Parfois je pense que mon cerveau est comme une machine, mais pas forcément comme une trancheuse. Ca me permet de mieux expliquer aux autres ce qui se passe à l’intérieur.
Le policier a dit : « Il va bien falloir que tu me racontes… »
Je me suis roulé en boule sur la pelouse, j’ai mis mon front par terre et j’ai fait le bruit que Père appelle grogner. Je fais ça quand ma tête reçoit trop d’informations du monde extérieur. C’est comme quand on est inquiet, qu’on tient la radio contre son oreille et qu’on la règle à mi-chemin entre deux stations de manière à ne capter que du bruit blanc : alors on met le volume à fond pour couvrir tout le reste et on sait qu’on est en sécurité parce qu’on n’entend rien d’autre. Le policier m’a pris par le bras et m’a relevé.
Ca ne m’a pas plu, qu’il me touche comme ça.
Alors je l’ai frappé."

02/09/2007

Deadwood de Pete Dexter

« Ils arrivèrent par le sud. Un cañon, long et étroit, creusait la montagne, en suivant la rivière Whitewood, et là où il y avait un espace suffisant pour y planter un panneau indiquant une ville, commençait Deadwood. On était le 17 juillet, à midi. La bourgade semblait faire des kilomètres de long sur seulement quelques mètres de large, et elle était pour moitié constituée de tentes. La Whitewood la traversait d’un bout à l’autre et, à l’extrême sud, elle faisait sa jonction avec un cours d’eau moins important, la Deadwood. La rue principale était tapissée d’une couche de boue d’un pied de profondeur, à laquelle se mêlaient tous les détritus de la création.
Les collines qui délimitaient la ville étaient dépourvues de végétation vivante, mais des milliers d’arbres morts aux troncs noircis gisaient pêle mêle sur le sol.
-Qu’est-ce que tu en penses ? demanda Bill.
Assis bien droit, il tenait les rênes et répondait aux saluts par un signe de tête. La nouvelle de son arrivée se répendit dans la ville avant qu’il ait parcuru cent mètres.
-Ca me fait penser à la Bible, dit Charley.
A mesure qu’ils avançaient, la boue s’agglutinait sur les roues et les sabots des mulets, puis se détachait sous son propre poids. La traversée de Main Street dura près d’une heure ; Bill était obligé de s’arrêter pour serrer des mains, et il accorda même une interview à un journaliste du Black Hill Pioneer. Bien qu’il fût un chaud partisan de la presse, Charley fit la grimace en apprenant qu’il existait déjà un journal à Deadwood.

En remontant vers le nord, la population changeait. Des putains, des voyous et des joueurs se tenaient sur le seuil des maisons, un verre à la main, ou tirant des coups de feu en l’air. Ce faubourg s’appelait le bas-quartier, et c’est là que firent halte les chariots des prostituées. L’environnement était assez minable, mais Charley trouva que les dames de l’endroit étaient plus attirantes que la cargaison qui arrivait. Il en vit quelques unes aux fenêtres, qui étaient pratiquement nues.
-A quel passage de la Bible ? demanda Bill à Charley quand ils se retrouvèrent seuls.
-Quand Dieu se met en colère. »

Pete Dexter dans Deadwood nous dépeint un Far West bien loin de l’image proprette de celle véhiculée par John Wayne…Il s’agit de la réalité brutale d’une ville construite et habitée essentiellement par des chercheurs d’or, des proxénètes et des prostituées, des pyschopathes, des criminels ou des fous…L’œuvre de Dexter a été adaptée dans une série (dont on attend la finale avec impatience) sur la chaîne HBO, qui est vraiment bien menée... Les personnages sont les mêmes, ils ont tous véritablement éxistés et sont tous passés par Deadwood, mais ils n’occupent pas tous la même importance dans le roman que dans la série. Par exemple Al Swearengen que l’on mentionne que très peu dans le roman, joue un rôle plus important dans la série. On retrouve bien entendu Calamity Jane, Charley Utter et Wild Bill Hickok, Salomon Star et Seth Bullock. Une lecture fort plaisante que je vous recommande .

04/02/2007

"La cuisine des séries" Anne Martinetti


(cliquez pour agrandir:)

Recette de la tarte aux cerises du Double R, dans la série Twin Peaks
Recette d'Hercule Poirot:

22/01/2007

L'île de Robert Merle

Un roman inspiré des révoltés du Bounty. Fin XVIIIieme un équipage anglais se mutine à bord du navire le Blossom. Afin d’éviter la pendaison, les hommes décident de partir commencer une vie nouvelle dans une île méconnue du Pacifique. Mais pour se faire ils vont demander de l’aide aux tahitiens : vivres pour le voyage, et des hommes pour remplacer les marins qui ont quitté le navire. Purcell, lieutenant, connaît bien les tahitiens, et est considéré auprès d’un des chefs comme un fils, et c’est avec plaisir que ce dernier lui donnera tout ce qu’il désire, y compris sa fille Ivoha, ainsi que d’autres femmes : les tahitiens acceptent de rejoindre les anglais à la condition qu’ils puissent embarquer des femmes.
Tout semble parfait dans ce scenario. L’île semble riche même si sa surface est un peu petite pour certains, tout le monde a envie de commencer sa nouvelle vie, sauf qu’une fois sur terre, même s’il est décidé d’abandonner les titres de commandement du bateau, il n’en est pas de même pour les préjugé racistes que certains des marins anglais nourrissent envers les tahitiens. Les cultures vont se heurter violemment et des guerres intestines vont naître.
Loin d’être mon roman préféré de Merle il en reste néanmoins très divertissant, et nous peint une fois de plus les thèmes chers à l’auteur : société nouvelle, problématique du partage des femmes, de la nourriture, de l’autorité etc…

Deux petits extraits :
« Les femmes durent attendre encore une longue semaine avant que toutes les cabanesde l’île eussent reçu leur toits. En sa qualité de charpentier, Mac Leod avait décidé de ne laisser à aucun autre le soin de fixer les cadres de palmes sur des chevrons, et ik s’aquitta de cette tâche avec une lenteur méticuleuse. Ces soins n’étaient d’ailleurs pas inutils, le noroît soufflant parfois avec violence sur le village, en dépis du rideau d’arbres qui le protègeait de la mer.
Ce fut le 3 décembre, après avoir travaillé toute la journée sous un soleil de plomb que Mac Leod considéra que les cabanes étaient terminées. A midi, les Britaniques se rencontrèrent au centre du village et, après un bref conciliabule, décidèrent que l’assemblée se réunirait le soir même à neuf heures pour procéder au partage des femmes. Purcell traduisit aussitôt cette nouvelle, et elle provoqua sous la tente où les tahitiennes étaient logées une effervescence subite. Pour chacune d’elles, cette soirée serait l’aboutissement (heureux ou malheureux) de trois mois d’attente, de projets et d’intrigues. »
« Mac Leod reprit avec force :
-On va donc s’partager les Indiennes. Et voilà c’que j’vous propose. Une supposition qu’y ait un fils de garce qui soye pas d’accord et veut la même Indienne qu’le voisin d’à côté, on décidera par un vote entre les deux. Et ce qu’on aura voté, on l’fera ! C’est ça, la loi !…Et y aura p’têtre un matelot qui sera pas bien content qu’le vent a pas soufflé dans ses voiles. Dans c’cas, j’dis : fils, la loi, c’est la loi. On est entre Blancs ici, et c’est l’assemblée qui fait la loi. Si Mason préfère rester en cale sèche au lieu d’tirer un bord jusqu’ici, c’est son affaire. Mais la loi c’est la loi, même pour Mason, tout officier qu’il est ! n veut pas d’bagarre ici. S’y a un matelot qui tire son couteau contre un damné fils de garce de bon chrétien, qu’il s’rappelle la loi qu’on a votée sur la falaise après l’procès qu’on a fait à Mason…Y a une corde ici, c’est tout ce qu’je dis. La v’là, fils. Elle est ptêtre bien un peu usée dans ses torons, mais c’est quand même une bonne corde de chanvre, et y a pas un gars dans l’île qui soyez si lourd qu’elle pourrait pas l’porter… »

21/01/2007

Lorsque j'étais une oeuvre d'art, d'Eric-Emmanuel Schmitt

Tazio en a marre de vivre, marre de lui, marre de tout râter…il râte même ses suicides, mais alors qu’il est au bord de cette falaise il se dit que cette fois-ci c’est la bonne et que rien ne pourra l’empêcher de sauter. Tazio est insipide, il n’est ni beau ni laid, il n’est ni complètement sot ni intelligent, il est invisible aux yeux des autres, surtout confronté à ses frères jumeaux, les célèbres frères Firelli, mannequins adulés de tous et surtout de toutes. Même quand il se regarde dans le miroir son propre regard glisse sur la pièce derrière lui.
Mais ce jour-là, alors qu’il est prêt à mourir, s’installe derrière lui un bien curieux personnage : Zeus-Peter Lama, un célibrissime artiste. Ce dernier lui propose un délai de 24h pour le convaincre de renoncer à son suicide et reprendre goût à la vie. Il lui propose de devenir une œuvre d’art. Tazio renonce alors à son humanité au profit de la condition d’objet d’art admiré de tous…admiré de tous : ce dont il a toujours rêvé. Mais le rêve va vite se transformer en cauchemar.
L’histoire est fantastique et se dévore en très peu de temps ! Très bonne réfléxion sur l’art, le marché de l’art et ses limites, la beauté, la célébrité, le snobisme etc. Quand l’homme devient œuvre d’art… on ne peut pas ne pas penser à un personnage comme Orlan qui fait de son corps sa matière première pour construire ses œuvres…Je vous laisse découvrir ce petit roman.
Un petit extrait pour vous donner envie :

« L’étoffe s’envola au-dessus de moi dans un bruit d’ailes en tissu et j’apparus, seulement vêtu d’un short, à l’assistance.
Elle absorba le choc par un « Ah » étouffé, comme si elle avait dû bloquer sur son estomac un ballon lancé à toute force. Les sourcils s’arrondissaient. Les bouches ouvertes ne disaient rien. Le temps était suspendu.
Zeus-Peter Lama s’approcha de moi et me regarda avec fierté. Quand je dis « me regarda », je dois préciser qu’il s’agissait de mon corps car Zeus, depuis l’opération, ne croisait plus mes yeux, sans doute parce qu’ils subsitaient comme une rare partie de mon être qu’il n’avait pas retravaillée. Pourtant, ce soir-là, un bel échage de regards m’aurait encouragé, d’autant que le silence s’épaississait.
Zeus cria avec autorité :
-Debout !
Comme nous l’avions convenu, je quittai le tabouret pour me tenir sur mes jambes. Un murmure d’effroi parcourut les spectateurs. Persuadés, vu mon apparence pour le moins étrange, de se tenir face à une sculpture,ils avaient eu la surprise de voir du marbre s’animer.
Zeus-Peter Lama gonfla sa poitrine comme un dompteur et hurla avec la sécheresse d’un coup de fouet :
-Marche !
Avec lenteur et difficulté, j’esquissai quelques pas. « Marcher » n’était pas le bon mot, « se déplacer » aurait mieux convenu car depuis les interventions de mon Bienfaiteur, j’avais un peu de mal à …enfin passons ! Je fis deux fois le tour du podium, en vacillant dangereusement sur moi-même après chaque mouvement. Je n’osais pas contempler autre chose que mes pieds-là -encore le mot ne convient plus, je devrais sans doute dire mes « contacts avec le sol »-,la timidité me raidissait et m’empêchait de tourner la tête vers le public.
-Salue !
Ca, ce n’était pas prévu. J’étais déconcerté. Je ne réagis pas. Zeus-Peter Lama, le torse avantageux, répéta plus fort, comme si j’étais un fauve qui refusait d’obtempérer :
-Salue !
Pour qu’il cessât de s’époumoner, je baissai le haut de mon corps. Un applaudissement partit du premier rang, un applaudissement serré, très nourri, péremptoire, comme le crépitement d’une machine à écrire. Puis un autre l’accompagna. Puis un autre. Un autre. Très vite, l’assemblée entière battit des mains. »

14/11/2006

"Les hommes protégés" de Robert Merle (1974)

Un scénario catastrophe pour vous messieurs : une épidémie d’encéphalite 16 fait rage dans le monde entier. Particularité de la maladie : elle est mortelle et ne touche que les hommes pubères. Sont protégés, les jeunes garçons donc, et les vieillards. Les femmes vont peu à peu remplacer la gente masculine dans tous ses rôles sociaux. Et c’est ainsi qu’arrive au pouvoir Sarah Bedford, feministe pure et dure…très dure, à la Maison-Blanche. Le narrateur, le docteur Martinelli, travaille d’arrache pieds pour trouver un vaccin. Il sera enfermé avec d’autres intellectuels dans une zone dite « protégée » à Blueville, afin de les tenir à l’abri de l’épidémie. Mais cette zone protégée a de plus en plus des airs de camp de concentration de luxe, et le docteur se rend vite compte qu’on ne le laisserait pas partir s’il le désirait. Les miliciennes et les collègues de labo de Martinelli s’en donne à cœur joie pour rabaisser ce phallocrate de docteur. Quelque chose lui dit que le vaccin ne sera pas utilisé de sitôt. Mis sur écoute surveillé, humilié, il devra son salut à une poignée de femmes…mais ses libératrices n’auront plus rien à voir avec les femmes « d’avant », la condition des hommes semble avoir changé pour un bon moment.

Extraits:
« Deborah grimm commençait par révéler les mortelles inquiétudes qu’avait nourries l’administration Bedford quand l’épidémie ayant ravagé les forces de police ( d‘autant plus exposées qu’elles étaient quotidiennement en contact avec la population) la question du maintien de l’ordre s’était posée. Certes, on avait aussitôt formé des milices féminines, mais elles étaient peu nombreuses, peu expérimentées. On s’attendait donc à une montée en flèche de la criminalité et en particulier de ces hold-up qui avaient rendu les rues des grandes villes américaines aussi peu sûres que certains quartiers de Londres au Moyen Age.
Il n’en fut rien. Par une ironie sans précédent les statistiques des hold-up, viols et assassinats diminuèrent au fur et à mesure que fondaient les effectifs de la police.

« Dans ses pévisions, ( je cite Déborah Grimm ) l’administration avait omis un facteur important. Les vices dont vivait la pègre : jeu, drogue et prostitution, étaient presque exclusivement des vices masculins ».
[…] Comme on sait, l’Administration Bedford a fermé les sex-shop sous peine de fortes peines de prison, interdit la fabrication et la vente d’objets érotiques et ceux, en particulier, destinés aux femmes. Cette loi, à n’en pas douter, eut des effets bénéfiques sur la moralité publique, mais elle créa aussi une forte demande, en particulier pour les objets de nature phallique, « et cela en dépit du fait, maintenant scientifiquement établi, que la jouissance féminine provient du frottement du clitoris et non de l’intromission de la verge dans le vagin » (sic)
Quoi qu’il en soit, la pègre féminine ne fut pas longue à découvrir une source de profits énormes dans la fabrication clandestine de gadgets phalliques dont certains, très élaborés, ne tardèrent pas à atteindre au marché noir des sommes élevées.
La milice, pousuivait Deborah Grimm, perquisitionnant à une date récente dans le sous-sol d’une petite usine de caoutchouc, découvrit un objet plié et rangé sous faible volume dans uneboîte. L’étiquette le désignait sous le nom anodin de superdoll.
[…] Dès le début de l’épidémie, les marins, les pilotes, les soldats que le pentagone entretenait à grands frais dans des centaines de bases un peu partout dans le monde ont commencé à mourir, sur une telle échelle et avec une telle rapidité qu’il a fallu les rapatrier tous pour éviter que la totalité du matériel dont ils disposaient ne tombât aux mains des autochtones. Malgrès cela, on n’a pas pu éviter d’abandonner sur place des avions, des canons, des tanks, et malheureusement aussi, des bombes atomiques très raffinées stockées en Thaïlande et dont on se demande si elles n’ont pas été vendues aux Chinois par nos anciens alliés.
Les conséquences politiques de ce retrait ont été incalculables : Tous les gouvernements étrangers activement soutenus par le département d’Etat, en particulier dans l’Asie du Sud-Est et en Amérique latine, sont tombés dans les semaines qui ont suivi. Des régimes nationnalistes les ont aussitôt remplacés. Ces régimes ne sont pas tous communistes, tant s’en faut. Mais ils ont tous un trait commun : le ressentiment et la méfiance à l’égard des Etats-Unis. »

24/10/2006

Malevil de Robert Merle

L'histoire se déroule durant les années 70, dans le château d'Emmanuel Comte, Malevil domaine viticole et équestre, acquis après la mort de son oncle. Déjà tout petit Emmanuel jouait dans le château déserté avec ses amis "du cercle": Peyssou, Meyssonnier, et Colin. Amis encore aujourd'hui ils se rendent souvent au château pour le voir lui, mais également la Menou( l'ancienne dame de compagnie de son oncle, la menue en patois) et Momo (le fils de la Menou )qui malgré sa quarantaine d'années est comme un enfant de 10 ans...Un décors qui se dresse dans un sud ouest bien rural, où l'on parle patois en faisant son pain, où l'on a le parler franc et de petites querelles de clochers. Et puis un jour alors que tout ce petit monde ( accompagné en plus de Thomas un étudiant hébergé au château de Malevil), tire le vin dans la cave en discutant, se produit la catastrophe: une explosion nucléaire.
Malevil c'est l'histoire d'un petit groupe de survivants, qui vont réorganiser leur vie en conséquence, essayant de se protéger des pillards, des disputes internes, de leurs propres craintes, de leurs préjugés,et des hommes en mal de souveraineté. Malevil est un roman passionnant que je vous recommande chaleureusement. Par contre si vous lisez le livre, je ne vous recommande pas vraiment le film inspiré un peu trop "librement" de Christian de Chalonge avec Serrault trintignant et Dutronc. Trop de libertés...et pas franchement justifiées à mon goût. Mais en oubliant le livre c'est sans doute un bon film...

Un petit extrait pour vous donner envie:
"Nous étions tous les sept silencieux, à écouter, si je puis dire, le silence du transistor, quand éclata un tapage dont je ne puis donner une idée que par des comparaisons qui, toutes, me paraissent dérisoires: roulement de tonnerre, marteaux pneumatiques, sirènes hurleuses, avions perçant le mur du son, locomotives folles. En tout cas, quelque chose de claquant, de ferraillant, de strident, le maximum de l'aigu et le maximum du grave portés à un volume de son qui dépassait la perception. Je ne sais pas si le bruit, quand il atteint un tel paroxyse, est capable de tuer. Je crois qu'il l'aurait fait s'il avait duré. Je plaquai désespérément les mains contre mes oreilles, je me baissai, je me tassai sur moi-même et je m'aperçus que je tremblais de la tête aux pieds. Ce tremblement convulsif, j'en suis certain, était une réponse purement physiologique à une intensité dans le vacarme que l'organisme pouvait à peine supporter. Car à ce moment-là, je n'avais pas encore commencé à avoir peur. J'étais trop stupide et pantelant pour former une idée. Je ne me disais même pas que ce fracas devait être démesuré pour parvenir jusqu'à moi à travers des murs de deux mètres d'épaisseur et à un étage sous le sol.J'appuyai les mains sur mes tempes, je tremblais et j'avais l'impression que ma tête allait éclater. En même temps, des idées stupides me traversaient l'esprit. Je me demandais avec indignation qui avait renversé le contenu de mon verre que je voyais couché sur le côté à deux mètres de moi. Je me demandai aussi pourquoi MOmo était étendu à plat ventre sur les dalles, la face contre terre et la nuque recouverte de ses deux mains, et pourquoi la Menou, qui le secouait aux épaules, ourvait toute grande la bouche sans émettre un seul son..[...]La transpiration continuait à jaillir de mon front et à couler le long de mes joues, sous mes aisselles et dans mes reins. Je souffrais d'une soif intense, mes lèvres étaient sèches et ma langue collait à mon palais. Je m'aperçus au bout d'un moment que je gardais la bouche ouverte et que je haletais comme un chien, à petits coups rapides, mais sans arriver à vaincre l'impression d'étouffement que je ressentais[...]Je vis le visage de Thomas apparaitre dans le champ de vision et se préciser peu à peu. Thomas était torse nu, pâle, couvert de sueur.Il dit dans un souffle: déshabille toi. Je fus stupéfait de ne pas y avoir pensé plus tôt. j'enlevais ma chemise et mon gilet de corps. Thomas m'aida. Fort heureusement, je n'avais pas mes bottes de cheval, car même avec son aide, je ne serais pas arrivé à les retirer. Le moindre geste m'épuisait. Je m'y repris à trois fois avant d'ôter mon pantalon et je n'y réussi que grâce à Thomas. De nouveau, il approcha sa bouche de mon oreille et j'entendis:- Thermomètre...au dessus du robinet...soixante-dix degrès".

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