Texte d’Umberto Eco issu du recueil de textes:
« Comment voyager avec un saumon ».
« Quid du théâtre comique dans une civilisation qui a décidé de se fonder sur le respect de la différence ? Par tradition, le comique a toujours spéculé sur l’estropié, l’aveugle, le bègue, le nain, l’idiot, le déviant, la profession jugée infamante ou l’ethnie tenue pour inférieure.Eh bien tout cela est devenu tabou. Aujourd’hui, ne vous risquez plus à imiter un inoffensif paria, c’est une vexation ; quant à Molière « himself », il ne pourrait plus ironiser sur les médecins sans provoquer aussitôt le tollé de la corporation entière, liguée contre ces allégations diffamatoires. Plus question de déguster un « nègre en chemise » ni de parler « petit nègre » à une « tête de turc » qui serait « saoul comme un polonais ».Aussi, la satire télévisée risquait-elle de n’avoir plus pour objet que les autres émissions télé : par une sorte d’accord tacite entre chaînes, chaque programme semblait n’être conçu que pour inspirer la satire de l’autre et le seul comique autorisé devenait celui du « zapping ». Ou alors (puisque ce sont traditionnellement les groupes se sentant forts qui osent se moquer d’eux mêmes) l’auto flagellation était en passe d’être la manifestation du pouvoir. Résultat, la pratique du comique dressait une nouvelle barrière de classe : si jadis on reconnaissait les maîtres à ce qu’ils se permettaient de brocarder les esclaves, aujourd’hui ce serait les esclaves que l’on reconnaîtrait comme ayant seuls le droit de railler les maîtres.Mais on a beau ridiculiser le nez de De Gaulle, les rides d’Agnelli ou les canines de Mitterrand, on pressent que ces derniers resteront toujours plus puissants que ceux qui les moquent ; or, le comique est cruel, impitoyable par vocation, il veut un idiot du village qui soit vraiment débile, afin que, en riant de lui, nous puissions affirmer notre supériorité sur son incurable déficience.Il fallait une solution, on la trouva. Impossible de caricaturer l’idiot du village, ce serait antidémocratique. Soit. En revanche, il est tout à fait démocratique de lui donner la parole, de l’inviter à se présenter lui-même, en direct (ou à la première personne , ainsi que disent justement les idiots du village). Comme dans les vrais villages, on saute la médiation de la représentation artistique. On ne rit pas de l’auteur qui imite l’ivrogne, on paie directement à boire à l’alcoolo, et on rit de sa dépravation.Le tour est joué. Il suffisait de se rappeler que, entre autres éminentes qualités, l’idiot du village est exhibitionniste, mais surtout que nombreux sont ceux qui, pour satisfaire leur propre exhibitionnisme, sont prêts à endosser le rôle d’idiot du village. Jadis, si, en pleine crise conjugale, un étranger avait étalé au grand jour leur lamentables querelles, les époux auraient intenté un procès en diffamation, au nom du bon vieux dicton qui veut qu’on lave son linge sale en famille. Mais lorsque le couple en vient à accepter voire à solliciter la faveur de représenter en public sa sordide histoire, qui a encore le droit de parler de morale ?Et voici l’admirable inversion de paradigme à laquelle nous assistons : exit le personnage du comique brocardant le débile inoffensif, starisation du débile en personne, tout heureux d’exhiber sa propre débilité. Tout le monde est content : le gogol qui s’affiche, la chaîne qui fait du spectacle sans avoir à rétribuer un acteur, et nous qui pouvons à nouveau rire de la stupidité d’autrui, en satisfaisant notre sadisme.Nos écrans pullulent désormais d’analphabètes fiers de leur baragouin, d’homosexuels se plaisant à traiter de « vieille pédale » leurs homologues, d’ensorceleuses sur le retour arborant leurs charmes décatis, de chanteurs experts en couacs, de bas-bleus affirmant « l’oblitération palingénésique du subconscient humain », de cocus contents, de savants fous, de génies incompris, d’écrivains publiants à compte d’auteur, de journalistes donnant des baffes et de présentateurs les recevant, heureux de penser que l’épicier du coin en parlera le lendemain.Si l’idiot du village s’exhibe en jubilant, nous pouvons rire sans remords. Rire du débile est redevenu « politically correct ». »
28/09/2005
19/09/2005
Sur la route de Jack Kerouac
(Ou comment donner envie à David de lire ce roman.)Pour ma part je l’ai lu adolescente. J’étais fan des Doors, et des écrits de Jim Morrison qui était lui même fan d’un certain nombre d’auteurs, dont Jack Kerouac avec notamment son roman « sur la route ». Je l’ai donc lu. Et je dois avouer que ce roman va bien avec l’adolescence et la crise identitaire que l’on traverse généralement à cette époque là, accompagné d’un rejet de l’autorité parentale ou autre. Et « Sur la route » est selon moi une quête de soi, une quête identitaire, un désir de liberté sans entrave. Et c’est à travers ça que toute une génération s’est reconnue, elle se fera appeler la «beat generation ». Le mot « beat » signifie « exténué, foutu, fatigué, à bout de souffle », mais il désignait aussi les « travellers » qui voyageaient clandestinement dans les wagons de marchandise. Les jazzmen y ont prêté un autre sens : « le beat est une manière de traverser la vie ». Sur la route pour moi c’est ça : comment des jeunes gens cherchent à traverser leur vie en traversant le pays…essayer de se trouver, de trouver le « it », cette transe que recherchent les musiciens de jazz : « un tumulte de notes et le saxo piqua le « it » et tout le monde comprit qu’il l’avait piqué. Dean se prenait la tête à deux mains dans la foule et c’était une foule en délire. Ils étaient tous entrain d’exciter le saxo à tenir le « it », et à le garder avec des cris et des yeux furibonds et, accroupi, il se relevait et de nouveau fléchissait les cuisses avec son instrument, bouclant la boucle d’un cri limpide au-dessus de la mêlée. ». Et c’est ce « it » que Kerouac a du trouver en écrivant ce livre, preuve en est l’aspect sous lequel le manuscrit apparaît : un rouleau de papier de 35 mètres écrit en 1951(jugé impraticable par l’éditeur qui le forcera à faire des découpes )ininterrompu, sans virgules, et uniquement quelques points. Il a écrit son livre comme un jazzman aurait « piqué le « it » ». Mais sur la route c’est aussi l’histoire d’une amitié, une quête de la fraternité entre Sal Paradise, (le nom vient d’un vers d’Allan Ginsberg où il aurait fallu lire « sad paradise » triste paradis) jeune écrivain, et Dean Moriarty, qui offre une intelligence brute, pure, une intelligence innée qui contraste avec celle de Sal bien entendu, qui lui est admiratif…Dean est son idole, « un clochard céleste ». Voyage, galères d’argent, de nourriture, de boisson, drogues, mauvais trips, recherche de soi, jazz, bringues, démerdes et embrouilles, amour des femmes, recherche de la femme, désillusions, illusions… « Sur la route » c’est tout ça, et bien plus encore si vous le lisez.
« Un gars de l’Ouest, de la race solaire, tel était Dean. Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j’aurais avec lui , j’allais entendre l’appel d’une vie neuve, voir un horizon neuf, me fier à tout ça en pleine jeunesse ; et si je devais avoir quelques ennuis, si même Dean devait ne plus vouloir de moi pour copain, et me laisser tomber, comme il le ferait plus tard, crevant de faim sur un trottoir ou sur un lit d’hôpital, qu’est ce que cela pouvait me foutre ? J’étais un jeune écrivain et je me sentais des ailes.
Quelque part sur le chemin je savais qu’il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare. »
QUELQUES HAÏKUS DE KEROUAC
In the morning frost the catsStep slowly.
( Dans le givre du matin des chats
Avancent lentement. )
Winking over his pipe the Buddha lumberjacknowhere.
( Clin d'œil par-dessus sa pipe le bûcheron Bouddha nulle part. )
All day long wearing a hatthat wasn't on my head.
(Toute la journée J'ai porté un chapeauqui n'était pas sur ma tête. )
In my medicine cabinet the winter flyhas died of old age.
( Dans mon armoire à pharmacie la mouche d'hiver est morte de vieillesse.)
Kerouac – «Non, d'abord un haïku est meilleur lorsqu'il est retravaillé et révisé. Je le sais, j'ai essayé. Il doit être totalement économique, pas de feuillage, ni de fleurs et de langue rythmée, ce doit être une simple petite image en trois vers. C'est en tout cas la manière dont les maîtres anciens le pratiquaient, passant des mois sur trois vers pour arriver, disons à:
Sur le bateau abandonné
la grêle
rebondit ça et là
C'est de Shiki.»
Berrigan – «Comment écrivez-vous un haïku?»
Kerouac – «Un haïku? Vous voulez entendre un haïku? Voyez-vous, on doit compresser en trois vers courts une très longue histoire. On commence d'abord par une situation de haïku. Ainsi, on voit une feuille tomber sur le dos d'un moineau durant une grosse tempête d'octobre. Une grosse feuille tombe sur le dos d'un petit moineau. Comment allez-vous compresser cela en trois vers? En japonais, on doit compresser ça en dix-sept syllabes. On n'est pas obligé de le faire en américain ou en anglais parce qu'on n'a pas la même merde syllabique que la langue japonaise. Alors on dit: Petit moineau – on n'est pas obligé de dire petit – tout le monde sait qu'un moineau est petit... Alors on dit:
Un moineau
avec une grosse feuille sur le dos
tempêteNon c'est pas bon, ça ne marche pas, je le rejette:
Un petit moineau
Quand une feuille d'automne soudain se colle à son dos
Provenant du ventAh, voilà. Non, c'est un petit peu trop long. Vous voyez? C'est déjà un petit peu trop long, Berrigan, vous voyez ce que je veux dire?»
Berrigan – «Il semble qu'il y ait un mot en trop ou quelque chose comme quand. Et si on enlevait quand et disait:
Un moineau
une feuille d'automne soudain se colle à son dos
avec le ventKerouac – «Hé, c'est bien. Je crois que quand était le mot en trop. Vous avez eu une bonne idée là, O'Hara! Un moineau, une feuille d'automne soudain – On n'a pas besoin de dire soudain, n'est-ce pas?
Un moineau
une feuille d'automne se colle à son dos
avec le vent
Extrait d'un long entretien publié en 1969 dans la revue The Art of Fiction, l'essentiel de l'approche du réel par le haïku.
« Un gars de l’Ouest, de la race solaire, tel était Dean. Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j’aurais avec lui , j’allais entendre l’appel d’une vie neuve, voir un horizon neuf, me fier à tout ça en pleine jeunesse ; et si je devais avoir quelques ennuis, si même Dean devait ne plus vouloir de moi pour copain, et me laisser tomber, comme il le ferait plus tard, crevant de faim sur un trottoir ou sur un lit d’hôpital, qu’est ce que cela pouvait me foutre ? J’étais un jeune écrivain et je me sentais des ailes.
Quelque part sur le chemin je savais qu’il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare. »
QUELQUES HAÏKUS DE KEROUAC
In the morning frost the catsStep slowly.
( Dans le givre du matin des chats
Avancent lentement. )
Winking over his pipe the Buddha lumberjacknowhere.
( Clin d'œil par-dessus sa pipe le bûcheron Bouddha nulle part. )
All day long wearing a hatthat wasn't on my head.
(Toute la journée J'ai porté un chapeauqui n'était pas sur ma tête. )
In my medicine cabinet the winter flyhas died of old age.
( Dans mon armoire à pharmacie la mouche d'hiver est morte de vieillesse.)
Kerouac – «Non, d'abord un haïku est meilleur lorsqu'il est retravaillé et révisé. Je le sais, j'ai essayé. Il doit être totalement économique, pas de feuillage, ni de fleurs et de langue rythmée, ce doit être une simple petite image en trois vers. C'est en tout cas la manière dont les maîtres anciens le pratiquaient, passant des mois sur trois vers pour arriver, disons à:
Sur le bateau abandonné
la grêle
rebondit ça et là
C'est de Shiki.»
Berrigan – «Comment écrivez-vous un haïku?»
Kerouac – «Un haïku? Vous voulez entendre un haïku? Voyez-vous, on doit compresser en trois vers courts une très longue histoire. On commence d'abord par une situation de haïku. Ainsi, on voit une feuille tomber sur le dos d'un moineau durant une grosse tempête d'octobre. Une grosse feuille tombe sur le dos d'un petit moineau. Comment allez-vous compresser cela en trois vers? En japonais, on doit compresser ça en dix-sept syllabes. On n'est pas obligé de le faire en américain ou en anglais parce qu'on n'a pas la même merde syllabique que la langue japonaise. Alors on dit: Petit moineau – on n'est pas obligé de dire petit – tout le monde sait qu'un moineau est petit... Alors on dit:
Un moineau
avec une grosse feuille sur le dos
tempêteNon c'est pas bon, ça ne marche pas, je le rejette:
Un petit moineau
Quand une feuille d'automne soudain se colle à son dos
Provenant du ventAh, voilà. Non, c'est un petit peu trop long. Vous voyez? C'est déjà un petit peu trop long, Berrigan, vous voyez ce que je veux dire?»
Berrigan – «Il semble qu'il y ait un mot en trop ou quelque chose comme quand. Et si on enlevait quand et disait:
Un moineau
une feuille d'automne soudain se colle à son dos
avec le ventKerouac – «Hé, c'est bien. Je crois que quand était le mot en trop. Vous avez eu une bonne idée là, O'Hara! Un moineau, une feuille d'automne soudain – On n'a pas besoin de dire soudain, n'est-ce pas?
Un moineau
une feuille d'automne se colle à son dos
avec le vent
Extrait d'un long entretien publié en 1969 dans la revue The Art of Fiction, l'essentiel de l'approche du réel par le haïku.
14/08/2005
Ma part d'ombre
Roman autobiographique de James Ellroy écrit en 1996.
INCIPTIT :
« Ce sont des gamins qui l’ont trouvée.Des joueurs de base-ball, Division Babe Ruth, de sortie pour taper quelques balles. Trois entraineurs adultes marchaient derrière eux.Les gamins ont vu une forme dans la bande de lierre juste en bordure du trottoir. Les hommes ont vu des perles éparpillées sur la chaussée. Une petite décharge télépathique est passée des uns aux autres.Clyde Warner et Dick Ginnold ont fait battre en retraite la troupe de gamins-pour les empêcher d’y regarder de trop près. Kendall Nungesser a traversé Tyler avenue au pas de course et repéré une cabine téléphonique près de la crèmerie.Il a appelé le bureau du shérif de Temple City et annoncé au sergent de jour qu’il avait découvert un corps. Qui était juste là sur la route, à côté du terrain de jeux ‘Arroyo High School, le lycée Arroyo. Le sergent a dit : restez sur place te ne touchez à rien.L’appel radio a été lancé : 10h10, dimanche,22/6/58. Cadavre à King’s Row et Tyler Avenue, El Monte.Une voiture de patrouille du shérif est arrivée sur les lieux en moins de 5 minutes. Une unité des services de police d’El Monte a débarqué quelques secondes plus tard.L’adjoint Vie Cavallero a regroupé entraîneurs et gamins. L’agent Dave ire est allé inspecter le corps.C’était une femme de race blanche. Elle avait la peau claire et les cheveux roux. Elle avait environ quarante ans. Elle gisait étendue sur le dos, sur un talus couvert de lierre à quelques centimètres du bord du trottoir de King’s row.Son bras droit était replié vers le haut. Sa main droite reposait à quelques centimètres au –dessus de sa tête. Son bras gauche était plié au coude et posé sur son bassin. Sa main gauche était serrée. Ses jambes étaient écartées.Elle portait une robe bleu foncé, légère, sans manches, au décolleté arrondi. Un manteau bleu foncé avec doublure assortie était étendu sur la partie inférieure du corps.Ses pieds et ses chevilles étaient visibles. Son pied droit était nu. Un bas nylon était entortillé autour de la cheville gauche.Sa robe était en désordre. Des morsures d’insectes lui couvraient le bras. Son visage était meurtri et sa langue sortait de sa bouche. Son soutien-gorge était défait et remonté au-dessus des seins. Un bas en nylon et une corde à linge en coton étaient noués autour de son cou. Les deux ligatures serrées mordaient les chairs en profondeur. » Victimologie
« La victime Ellroy était une femme de race blanche, âgée de quarante trois ans, un mètre soixante trois et demi pour un poids approximatif de cinquante huit kilos, à la chevelure rousse. Elle était divorcée et avait emménagé avec son fils mineur, dans une maison de location bien tenue d’El Monte, Californie, en 1958. Elle était employée comme infirmière d’entreprise à Los Angeles depuis 1956. La victime Ellroy était physiquement séduisante et aimait fréquenter les boîtes de nuit proches, lors des week-end, tandis que son fils rendait visite à son père. Ses propriétaires ont décrit Ellroy comme une locataire tranquille qui semblait aimer sa vie solitaire avec son fils. On l’a décrite comme peu loquace quant à sa vie personnelle et ayant peu d’amis intimes. Après sa mort, ses propriétaires ont signalé la découverte de bouteilles d’alcool vides, dans les buissons près du domicile de a victime et dans le conteneur à ordure.Les propriétaires d’Ellroy ont déclaré avoir vu cette dernière quitter sa résidence au volant de sa voiture, aux environs de 20 heures, le samedi 21 juin 1958. De témoins ont déclaré avoir vu Ellroy plus tard pendant cette soirée en compagnie d’un adulte non identifié de sexe masculin, dans un restaurant drive-in aux environs de 22heures ; dans une boîte de nuit-dancing aux environs de 22h45 ; et finalement de retour au restaurant drive-in aux environs de 2h15 le lendemain matin... »
C’est ainsi que le cadavre de Jean (diminutif de Geneva) Ellroy fut découvert. Divorcée elle vivait avec son fils de 10ans. Elle travaillait comme infirmière d’entreprise, une femme apparemment sans histoire.
Le petit garçon, James Ellroy reçoit la nouvelle sans aucune émotion…il faut dire que depuis le divorce même s’il vivait 5 jours sur 7 avec sa mère, son père travaillait dur pour lui mettre de mauvaises idées dans la tête : « ta mère est une ivrogne et une putain ». Le petit avait surpris sa mère à deux reprises avec des hommes et son haleine de whisky à l’eau corroborait les dires du père. Par conséquent le petit Ellroy reçoit la nouvelle avec un soulagement extrême tellement il avait fini par détester sa mère. Il est confié à son père. Livré à lui même il fera un peu n’importe quoi, et cela va aller de mal en pis…
James Ellroy durant son adolescence et sa jeune vie d’adulte va faire une descente aux enfers, alcoolique et drogué il ère entre visions érotiques de sa mère et cambriolages. Vers l’âge de 50 ans, sevré de ces démons là et devenu un écrivain reconnu, James Ellroy tente avec l’aide d’un flic à la retraite de rouvrir le dossier de sa mère afin de redécouvrir celle qu’il a tant aimé haïr.
Ma part d’ombre est un récit autobiographique relativement dur, une plaie ouverte dans laquelle Ellroy nous permet de mettre le nez. Mais c’est aussi un horrible tableau des meurtres de femmes en Amérique que nous dépeint James Ellroy.
INCIPTIT :
« Ce sont des gamins qui l’ont trouvée.Des joueurs de base-ball, Division Babe Ruth, de sortie pour taper quelques balles. Trois entraineurs adultes marchaient derrière eux.Les gamins ont vu une forme dans la bande de lierre juste en bordure du trottoir. Les hommes ont vu des perles éparpillées sur la chaussée. Une petite décharge télépathique est passée des uns aux autres.Clyde Warner et Dick Ginnold ont fait battre en retraite la troupe de gamins-pour les empêcher d’y regarder de trop près. Kendall Nungesser a traversé Tyler avenue au pas de course et repéré une cabine téléphonique près de la crèmerie.Il a appelé le bureau du shérif de Temple City et annoncé au sergent de jour qu’il avait découvert un corps. Qui était juste là sur la route, à côté du terrain de jeux ‘Arroyo High School, le lycée Arroyo. Le sergent a dit : restez sur place te ne touchez à rien.L’appel radio a été lancé : 10h10, dimanche,22/6/58. Cadavre à King’s Row et Tyler Avenue, El Monte.Une voiture de patrouille du shérif est arrivée sur les lieux en moins de 5 minutes. Une unité des services de police d’El Monte a débarqué quelques secondes plus tard.L’adjoint Vie Cavallero a regroupé entraîneurs et gamins. L’agent Dave ire est allé inspecter le corps.C’était une femme de race blanche. Elle avait la peau claire et les cheveux roux. Elle avait environ quarante ans. Elle gisait étendue sur le dos, sur un talus couvert de lierre à quelques centimètres du bord du trottoir de King’s row.Son bras droit était replié vers le haut. Sa main droite reposait à quelques centimètres au –dessus de sa tête. Son bras gauche était plié au coude et posé sur son bassin. Sa main gauche était serrée. Ses jambes étaient écartées.Elle portait une robe bleu foncé, légère, sans manches, au décolleté arrondi. Un manteau bleu foncé avec doublure assortie était étendu sur la partie inférieure du corps.Ses pieds et ses chevilles étaient visibles. Son pied droit était nu. Un bas nylon était entortillé autour de la cheville gauche.Sa robe était en désordre. Des morsures d’insectes lui couvraient le bras. Son visage était meurtri et sa langue sortait de sa bouche. Son soutien-gorge était défait et remonté au-dessus des seins. Un bas en nylon et une corde à linge en coton étaient noués autour de son cou. Les deux ligatures serrées mordaient les chairs en profondeur. » Victimologie
« La victime Ellroy était une femme de race blanche, âgée de quarante trois ans, un mètre soixante trois et demi pour un poids approximatif de cinquante huit kilos, à la chevelure rousse. Elle était divorcée et avait emménagé avec son fils mineur, dans une maison de location bien tenue d’El Monte, Californie, en 1958. Elle était employée comme infirmière d’entreprise à Los Angeles depuis 1956. La victime Ellroy était physiquement séduisante et aimait fréquenter les boîtes de nuit proches, lors des week-end, tandis que son fils rendait visite à son père. Ses propriétaires ont décrit Ellroy comme une locataire tranquille qui semblait aimer sa vie solitaire avec son fils. On l’a décrite comme peu loquace quant à sa vie personnelle et ayant peu d’amis intimes. Après sa mort, ses propriétaires ont signalé la découverte de bouteilles d’alcool vides, dans les buissons près du domicile de a victime et dans le conteneur à ordure.Les propriétaires d’Ellroy ont déclaré avoir vu cette dernière quitter sa résidence au volant de sa voiture, aux environs de 20 heures, le samedi 21 juin 1958. De témoins ont déclaré avoir vu Ellroy plus tard pendant cette soirée en compagnie d’un adulte non identifié de sexe masculin, dans un restaurant drive-in aux environs de 22heures ; dans une boîte de nuit-dancing aux environs de 22h45 ; et finalement de retour au restaurant drive-in aux environs de 2h15 le lendemain matin... »
C’est ainsi que le cadavre de Jean (diminutif de Geneva) Ellroy fut découvert. Divorcée elle vivait avec son fils de 10ans. Elle travaillait comme infirmière d’entreprise, une femme apparemment sans histoire.
Le petit garçon, James Ellroy reçoit la nouvelle sans aucune émotion…il faut dire que depuis le divorce même s’il vivait 5 jours sur 7 avec sa mère, son père travaillait dur pour lui mettre de mauvaises idées dans la tête : « ta mère est une ivrogne et une putain ». Le petit avait surpris sa mère à deux reprises avec des hommes et son haleine de whisky à l’eau corroborait les dires du père. Par conséquent le petit Ellroy reçoit la nouvelle avec un soulagement extrême tellement il avait fini par détester sa mère. Il est confié à son père. Livré à lui même il fera un peu n’importe quoi, et cela va aller de mal en pis…
James Ellroy durant son adolescence et sa jeune vie d’adulte va faire une descente aux enfers, alcoolique et drogué il ère entre visions érotiques de sa mère et cambriolages. Vers l’âge de 50 ans, sevré de ces démons là et devenu un écrivain reconnu, James Ellroy tente avec l’aide d’un flic à la retraite de rouvrir le dossier de sa mère afin de redécouvrir celle qu’il a tant aimé haïr.
Ma part d’ombre est un récit autobiographique relativement dur, une plaie ouverte dans laquelle Ellroy nous permet de mettre le nez. Mais c’est aussi un horrible tableau des meurtres de femmes en Amérique que nous dépeint James Ellroy.
07/07/2005
04/04/2005
I like America and America likes me





Performance de Joseph Beuys (1921-1986).
Beuys veut son œuvre sociale, il déclare que tout homme est un artiste, dans le sens où tout homme est susceptible de créer. Il participe au mouvement Fluxus qui doit son appellation à une phrase d’Héraclite qui consiste à dire que « toute existence passe par le flux de la création et de la destruction », pour Beuys l’acte est pour l’art, l’art c’est l’acte ! Très engagé socialement son œuvre sera ponctuée « d’interventions » écologiques. Avec « I like America and America likes me », (1974) il arrive en ambulance, enveloppé dans une couverture de feutre, et s’expose à la Galerie René Block à New Yorkn, enfermé avec un coyote sauvage, une canne et sa couverture pour se protéger, pour souligner l'antagonisme entre Nature et Technologie, Nature et Culture, Art et Science.
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