21/01/2008

Alex CF

Alex CF crée des objets anciens, des objets fabuleux, imaginaires,fantastiques dont on aurait souhaité l'existence, que l'on aurait aimé découvrir au fond d'une malle d'explorateur dans un grenier. En voici quelques uns:
(je vous laisse le soin de traduire vous même les intitulés des objets...parce que bon...) :

Non-Corporeal Entity Containment Necropathic Spectregraph:



Nosferatu Remake Props:













Chrono Displacement Device:




Martian Botanical Preservation Device:


SITE

17/01/2008

Julien Gracq "Le rivage des Syrtes"

le narrateur et son amie sont allanguis sur un lit soudain submergé par des eaux métaphoriques:

"Parfois à mon côté, je la regardais s’endormir, décollée insensiblement de moi comme d’une berge, et d’une respiration plus ample soudain prenant le large, et comme roulée par un flot de fatigue heureuse ; à ses instants elle n’était jamais nue, mais toujours, séparée de moi, ramenait le drap d’un geste frileux et rapide jusqu’à son cou -son épaule qui soulevait le drap, toute ruisselante de sa chevelure de noyée, semblait écarter d’elle l’imminence d’une masse énorme : la longue étendue solennelle du lit l’enfouissait, glissait avec elle de toute sa nappe silencieuse ; dressé sur un coude à côté d’elle, il me semblait que je regardais émerger de vague en vague entre deux eaux la dérive de cette tête alourdie, de plus en plus perdue et lointaine. Je jetais les yeux autours de moi, tout à coup frileux et seul sous ce jour cendreux de verrière triste qui flottait dans la pièce avec la réverbération du canal : il me semblait que le flux qui me portait venait de se retirer à sa laisse la plus basse, et que la pièce se vidait lentement parle trou noir de ce sommeil hanté de mauvais songes. Avec son impudeur hautaine et son insouciance princière, Vanessa laissait toujours battantes les hautes portes de sa chambre : dans le demi-jour qui retombait comme une cendre fine du rougeoiement de ces journées brèves, les membres défaits, le cœur lourd, je croyais sentir sur ma peau nue comme un souffle froid qui venait de cette enfilade de hautes pièces délabrées ; c’était comme si le tourbillon retombé d’un saccage nous eût oubliés là, terrés dans une encoignure, comme si mon oreille dressée malgré moi dans l’obscurité eût cherché à surprendre au loin, le fond de ce silence aux aguets de ville cernées, la rafale d’une chasse sauvage. Un malaise me dressait tout debout au milieu de la chambre ; il me semblait sentir entre les objets et moi comme un imperceptible surcroît de distance, et le mouvement de retrait léger d’une hostilité murée et chagrine ; je tâtonnais vers un appui familier qui manquait soudain à mon équilibre, comme un vide se creuse devant nous au milieu d’amis qui savent déjà une mauvaise nouvelle. Ma main serrait malgré elle l’épaule de Vanessa ; elle s’éveillait toute lourde ; sur son visage renversé je voyais flotter au dessous de moi ses yeux d’un gris plus pâle, comme tapis au fond d’une curiosité sombre et endormie -ces yeux m’engluaient, me halaient comme un plongeur vers leurs reflets visqueux d’eaux profondes ; ses bras se dépliaient, se nouaient à moi en tâtonnant dans le noir ; je sombrais avec elle dans l’eau profonde d’un étang triste, une pierre au cou."

Résumé:
À la suite d'un chagrin d'amour, Aldo se fait affecter par le gouvernement de la principauté d'Orsenna dans une forteresse sur le front des Syrtes. Il est là pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, le Farghestan. Aldo rêve de franchir la frontière, y parvient, aidé par une patricienne, Vanessa Aldobrandi dont la famille est liée au pays ennemi. Cette aide inattendue provoquera les hostilités... Dans ce paysage de torpeur, fin d'un monde où des ennemis imaginaires se massacrent, le temps et le lieu de l'histoire restent délibérément incertains dans un récit à la première personne qui semble se situer après la chute d'Orsenna. Julien Gracq entraîne son lecteur dans un univers intemporel qui réinvente l'Histoire et donne lieu à une écriture qui s'impose avec majesté, s'enflamme au contact de l'imagination. Pour Le Rivage des Syrtes Julien Gracq obtint en 1951 le prix Goncourt, qu'il refusa.

16/01/2008

HEATHER JANSCH


Thomas Scott Kuebler

Une petite note pour vous présenter le travail de cet artiste américain qui est un peu dans la même veine que Duane Hanson ou Ron Mueck . Je vous laisse découvrir ses sculptures criantes de réalisme:













SITE

15/01/2008

" Mort aux cons "Carl Aderhorl

« Contrairement à l’idée répandue, les cons ne sont pas réformables ; les campagnes de prévention ou les actions pédagogiques n’ont pas de prise sur eux. Une seule chose peut les amener non pas à changer, mais du moins à se tenir tranquille : la peur. Je veux qu’ils sachent que je les surveille et que le temps de l’impunité est révolu.
Je compte à mon actif cent quarante meurtres de cons. Afin qu’ils ne soient pas morts pour rien, je vous enjoins de lire ce manifeste. Il explique le sens véritable de mon combat ».
Ce roman nous raconte l’histoire d’un homme sans histoire qui un jour décide de ne plus se laisser emmerder. Tout commence avec le chat de la voisine : en le balançant par la fenêtre un soir de ras le bol. Il va vite se rendre compte que la mort du félin va faire parler les gens, des gens qui ne se parlaient pas ou peu avant ça. C’est alors qu’il décide de tuer des animaux de compagnie pour créer du lien social. Puis le déclic se fait avec la concierge puis avec Patinex (le narrateur et son ami son entrain d’isoler un plancher):

Extrait:
« -Bonjour, c’est moi !
Il n’était pas très grand, plutôt petit en fait. Mais il émanait de lui, de son cou de taureau, de son torse massif et de ses muscles, de ses bras bien dessinés, une impression de force très grande. Le genre de type tout d’une pièce, qui sous un abord sympathique vous laisse pourtant un sentiment désagréable. Je devinai quelqu’un de franc et obtus dont les rapports avec les autres reposent sur une certaine façon directe et avenante, mais profondément lourde, de s’imposer.
Il arborait un vieux pantalon de survêtement et un tee-shirt usé à force d’avoir été lavé.
L’espace de quelques secondes, les traits de Jean-Paul se contractèrent en un rictus de contrariété. Il posa son cutter sur la table et prit son air le plus souriant.
- Bernard ! Laisse-moi te présenter nos amis qui sont ici pour quelques jours.
Jean-Paul se tourna vers moi et continua sur le même ton :
-Bernard est notre voisin. Notre sauveur, devrais-je dire, car dès qu’on a un problème dans la maison, Bernard est là pour nous aider.
Mais les grimaces qu’il me faisait démentaient la sincérité de ses propos.
L’autre me donna une poignée de main, comme on offre son amitié, mais j’eus plutôt l’impression qu’il essayait de me jauger.
-Enchanté !
[…]
Il examina nos travaux.
-Le polystyrène, c’est pas valable, finit-il par dire. A mon avis, ça ou rien, c’est à peu près pareil. Ou alors, t’aurais dû mettre des plaques de 12 minimum. Là vous avez posé du 8 ?
-Du 10
-Du 10 ? C’est pas assez. Vaut mieux de la laine de verre ? Ca c’est valable.
-Oui, je sais, s’excusa Jean-Paul. Mais on voulait pas se lancer dans trop de frais.
-Oh he, farceur ! Tu prends du Patinex 500. Pas du 100 parce que ça n’isole pas assez. Du 500. C’est pas très cher. 50 le kilo. Il t’en faut…Voyons voir….
Il sortit son mètre de sa poche de survêtement.
-1 mètre…Rends-toi utile. Tiens-moi l’autre bout, dit-il à Jean-Paul. 2 mètres…3 mètres…55…3 mètres 55 pour ici. Et là…1 mètre. 2 mètres…3 mètres..4 mètres…12. Combien j’ai dit déjà pour l’autre mur ?
-3 mètre 55, répondis-je.
-C’est bien. Y en a au moins un qui suit.(il rit).
[…]
Dix minutes plus tard, il nous avait convaincus (imposé serait plus juste) d’aller acheter son Patinex (à force de nous bassiner avec son « Patinex, c’est valable », nous finîmes, Jean-Paul et moi, par le surnommer ainsi entre nous), de défaire tout ce que nous avions déjà posé et de recommencer à zéro.
[…]
Patinex avait pris le chantier sous sa direction et semblait ne jamais vouloir le terminer. Il se sentait chez lui. Nous avions repéré qu’en fonction des heures de la journée, ses humeurs ou ses sujets de conversation étaient réglés comme la bulle du niveau.
Le matin était consacré aux plaisanteries vaseuses, aux jeux de mots idiots. Ainsi, quand il examinait ce que nous étions entrain de faire, il ponctuait ses remarques par « c’est du travail d’Arabe ». Certains jours, c’était au tour des Italiens ou des Marseillais de faire les frais de son ironie. Il y avait aussi une blague qu’il nous resservait très souvent. « Ces dames n’écoutent pas ? demandait-il avant de commencer. Bon. Vous connaissez la devise des bricoleurs ? Il vaut mieux l’avoir blanche et droite que black et d’équerre ! » (Rire).
[…]
Plus la journée avançait, plus son humeur s’assombrissait. Il se livrait alors à un certain nombre de réflexions, toujours les mêmes (sauf l’ordre changeait), où se mêlaient le souvenir de son trekking au Népal, la supériorité du chauffage au gaz sur l’électrique et la responsabilité de Mai 68 dans les problèmes actuels. Et même s’il nous demandait sincèrement notre avis, et écoutait les remarques de Jean-Paul (j’étais trop fatigué pour tenir un raisonnement), il ramenait les propos de mon ami à sa façon de voir les choses.
Après le mur, nous refîmes la cuisine, comme chez Nicole, sa femme, puis nous transformâmes la véranda en bow-window. Alors que nous touchions au but, il ne restait plus que quelques finitions, il nous annonça qu’il avait eu une grande idée :
Vu que la Ferme est devenue un palace, il me semble qu’il faudrait y ajouter la touche finale qui en ferait véritablement un château !
Jean-Paul et moi, nous nous regardâmes, atterrés et inquiets.
-A quoi pensez vous ? demanda Christine.
-à quelque chose qui donne un cachet à une maison. On voit ça dans les films. Et de plus ce serait véritablement mon chef-d’œuvre car je n’en ai jamais construit avant.
-une mezzanine ?
- tu es le maillon faible Jean-Paul. Au revoir.
-Une cheminée ? Hasarda Nicole.
-Bravo, il y en a une qui suit !
[…]
Tout le monde garda un silence gêné. Jean-Paul et Martine cherchaient comment parer le coup sans vexer Patinex. Christine me regardait avec un air de compassion. Quant à moi, ma décision était prise.
Dans la nuit, je me levai sans faire de bruit et préparai ce qui était nécessaire à la réalisation de mon plan. Le lendemain matin, je le guettai devant la porte. Précis comme une horloge, il arriva à huit heures vingt-neuf.
Je lui expliquai que nous avions été dérangés toute la nuit par des bruits bizarres du côté du grenier.
-Des fantômes, lâcha-t-il en rigolant. C’est normal vu qu’on fait de la Ferme un château…
-Des rongeurs sans doute. J’ai pris l’échelle pour regarder à la base du toit, au niveau du grenier, mais je n’ai rien vu. Comme je n’y connais pas grand-chose, je me demandais si…
-…je ne pourrais pas jeter un œil ?....
Je fis oui de la tête, de l’air d’un adolescent sollicitant l’aide de son père.
-Pas de problème. Montre-moi où c’est.
Je fis le tour de la maison, et lui désignai l’échelle.
-Juste en haut, lui dis-je.
-ah c’es intellos…lâcha-t-il en commençant à grimper. Et Jean-Paul, il est où ?
-Il dort encore.
Quoi ? Avec tout ce qu’on a à faire aujourd’hui ! dit-il en riant. Tout ça c’est de la faute à Martine. Entre nous, elle m’a tout l’air d’avoir un sacré….
Il n’acheva pas. Son pied venait de se poser sur l’un des derniers barreaux que j’avais pris la peine de scier légèrement. Cela ne se voyait pas à l’œil nu, j’avais prévu qu’il se brise à la moindre pression. Patinex tomba de près de trois mètres de haut sur un tas de gravats dans lequel durant la nuit j’avais enfoncé des tiges de fer. Ces jours de bricolage n’avaient pas été totalement inutiles puisqu’ils m’avaient permis de préparer ce piège selon les règles appliquées par tout bon bricoleur : anticipation, rigueur et méthode. « Une question d’organisation », aurait dit feu Patinex. »

19/12/2007

La maladie de sachs, de Martin Winckler

Bruno Sachs est médecin à Play depuis quelques années déjà. Dans son bureau on voit passer les vieux, les vieilles, les femmes angoissées et leurs enfants, les papas et maris inquiets. Ceux qui souffrent physiquement, ceux qui ont mal à l'âme, ceux qui n'en peuvent plus, ceux qui veulent y croire, ceux qui le font croire...mais qu'en est-il du médecin? Après avoir lu ce livre on n'est plus le même patient, c'est bouleversant et édifiant, on rit souvent de la mesquinerie et de la méchanceté des gens et des médecins aussi...on apprend beaucoup sur les hommes et leurs souffrances, et sur les moyens et surtout la manière de les soulager.

Petits extraits:
"Qu’est ce qui ne va pas ?

J‘ai mal au ventre.
Je perds mes cheveux.
J’ai une verrue.
Je vois plus d’un œil.
J’ai la tête qui tourne, ça serait pas la tension ?
J’ai mal au dos.
J’ai toujours soif.
J’ai mal au pied.
Ca me gêne de vous le dire mais j’au une douleur mal placée.
Je peux plus bouger.
Je saigne.
Je n’en peux plus.
J’ai un truc là, dans la bouche.Ca me fait peur.


Pourquoi venez-vous me voir ?
Parce que je ne sais plus quoi faire.
Parce que ça fait trop longtemps que ça dure.
Parce que ça ne peut plus durer.
Parce que je n’ai pas trop le choix, si ça ne dépendait que de moi, vous savez, les médecins, moins j’en vois, mieux je me porte.
Parce que ma mère/mon père/mon patron/ma patronne/mon mari/ma femme/mon fils/ma fille/mes petits enfants/mes voisins/tout le monde m’a dit de venir, mais franchement, moi je sais que je n’ai pas besoin de médecin, c’est pas parce que je suis fatiguée que je vais mal, et puis, il faut bien mourir de quelque chose.
Parce que j’ai un rappel de vaccin à faire. Ca va faire mal ?
Parce que j’ai encore besoin de quelques séances de massages, ça m’a fait du bien et le kiné m’a dit que je pouvais vous en redemander, c’est vrai que j’ai moins mal, même mon mari me trouve plus détendue.
Parce que je suis pas retourné à la caserne hier, j’ai appelé pour dire que j’étais malade mais en fait je vais bien et j’ai besoin d’un papier.
Parce que j’ai peur que mon mari ait quelque chose de grave et qu’il n’ait pas voulu me le dire, alors j’ai décidé de vous le demander à vous mais bien sûr je lui dirai pas que je suis venue vous voir, vous pouvez me faire confiance !
Parce que j’ai grossi.
Parce que j’ai maigri.
Parce que je ne dors plus.
Parce que je dors sans arrêt.
Parce que je supporte plus mes gosses.
Parce que mon père m’a frappée.
Parce que je pleure tout le temps.
Parce que j’ai des mauvaises idées.
Parce que je n’ai plus d’éther à la maison.
Parce qu’avec ma femme/mon mari/ma fille/mon fils/ma mère/mon père/ms frères et sœurs ça ne va plus du tout, surtout depuis la succession de ma grand-mère.
Parce que j’en ai marre de me crever le cul pour rien.
Parce que je n’ai que trente ans mais j’ai déjà mal partout.
Parce que j’ai déjà quarante ans et je commence à m’inquiéter.
Parce que j’ai passé la cinquantaine et il serait temps.
Parce que j’ai presque soixante ans et je voudrais que ça continue.
Parce que j’ai soixante-dix ans passés et mon fils se fait du souci.
Parce que j’ai bientôt quatre-vingt ans et je veux mourir chez moi.
Parce que j’ai quatre-vingt dix ans et vous savez, j’en ai marre de vivre.
Qu’avez-vous ? Eh bien, je ne sais pas, c’est à vous de me le dire ! Moi, je ne suis pas médecin."
_____________________________________________________________________
« Je ne veux plus le voir : la dernière fois, il a refusé de me prescrire mon médicament contre le cholestérol. Il dit que ça ne sert à rien et que c’est dangereux. Mais enfin, si les médicaments faisaient plus de mal que de bien, les docteurs n’en prescriraient pas ! Il dit que le cholestérol c’est moins grave que mon asthme et les cigarettes. Mais moi, je ne lui demande pas d’arrêter de fumer, je lui demande de soigner mon cholestérol. L’autre jour, il a dit : Moi je ne soigne pas le cholestérol, je soigne les gens, à votre âge vous avez tout le temps de mourir d’autre chose que du cholestérol. J’ai dit : Bon, si c’est tout ce que vous me souhaitez, et je suis parti. Non mais ! Pour qui il se prend ? Je sais quand même mieux que lui de quoi j’ai besoin. C’est qui le malade ? »
Ce roman a été adapté avec talent au cinéma par Michel Deville, avec Albert Dupontel dans le rôle du médecin. Je vous le conseille fortement!

David Bowie: Life on Mars:

05/12/2007

No Kids: quarante raisons de ne pas avoir d'enfant
Un ouvrage très drôle (un peu inégal du point de vue de l'humour cela dit) de Corinne Maier qui nous explique pourquoi il est préférable de ne pas avoir d'enfants.

Extraits :
L’accouchement, une torture.
Les joies de l’accouchement sont une intox totale. Sauf pour certaines femmes, dont le corps, probablement, est profilé sur le modèle du tube, l’accouchement fait mal, Très mal, même. Certes, les secours de la péridurale (anesthésie locale) sont d’une grande aide, mais même comme ça, accoucher est loin d’être une partie de plaisir. Personnellement, accoucher est ce que j’ai vécu de plus douloureux, de toute mon existence, il est vrai assez protégée. Les femmes qui disent « l’accouchement a été le plus beau moment de ma vie » me sont suspectes : depuis que j’ai accouché, je sais qu’elles mentent. Certaines, plus prudemment, déclarent : « je ne me souviens de rien », ce qui signifie souvent « Je ne veux pas en parler ».
La réalité, c’est qu’accoucher dure des heures, parfois une journée entière, qu’on est immobilisée comme un gros scarabée avec un tuyau planté dans le dos, que les contractions donnent l’impression que le ventre va éclater de l’intérieur …Un accouchement, c’est de la douleur, du sang et de la fatigue (et du caca aussi, parait-il, mais ça, c’est un cadeau pour la sage-femme ou le médecin)[…]
Mais le pire commence après l’accouchement. Le sentiment d’épuisement. Les plis sur un ventre qui ne sera jamais plus celui d’une jeune fille. Le face-à-face avec un brouillon d’être humain dont on va être responsable pendant d’interminables années. Michel Houellebecq évoque, dans « la possibilité d’une île » le « dégoût » légitime qui saisit tout homme normalement constitué à la vue d’un bébé. » En effet, un nourrisson qui vient de naître est laid à faire peur : face rougeaude et bouffie, traits inexistants, regard voilé d’une taie bleuâtre, tout en lui devrait nous inspirer la répulsion. Les jeunes parents, de plus en plus nombreux à orner leurs faire-part de naissance de photos de leurs rejetons, n’ont pas l’air de s’apercevoir qu’ils sont les seuls (avec leurs propres parents) auxquels ce type de clichés fait plaisir.[…]

Gardez vos amisC’est bien connu, l’amour rend bête. L’amoureux qui parle de sa dulcinée pendant deux heures d’affilée, en énumérant ses qualités et citant ses bons mots, saoule tout le monde. Il en est de même du parent ébloui, admiratif devant le produit de ses entrailles, qui lasse son entourage par un excès de dévotion parentale. Oui, celui-là même dont Courteline disait : « Un des plus clairs effets de la présence d’un enfant dans un ménage est de rendre complètement idiots de braves parents qui, sans lui, n’eussent peut-être été que de simples imbéciles. »
Le désastre commence au stade du faire-part de naissance : ce n’est plus Evelyne et Jacques qui font part de la venue au monde d’Antoine, mais Antoine qui fait savoir qu’il est arrivé chez Evelyne et Jacques. Le parent émerveillée fait circuler sur internet des photos de famille mièvres, montre à qui veut (et qui ne veut pas) des films vidéos de son enfant pendant le bain ou déballant des cadeaux de noël. Il circule avec un badge « bébé à bord » sur la lunette arrière de son auto : une sorte d’image pieuse des temps modernes, aussi utile qu’un gri-gri magique pour conjurer le mauvais sort.
Il prend au mot toute personne qui lui demande poliment « comment va le petit ? », comme on dirait « bonjour », sans attendre forcément de réponse. Car le parent gaga se sent obligé de tenir la terre entière au courant des progrès fulgurants de sa progéniture (« Oscar va sur le pot », « Alice fait ses nuits », « Noé a dessiné un bonhomme de neige incroyablement ressemblant », « hier, Ulysse a dit Papa caca », « Malo passe en CM2 »)
Rien de plus limité que la conversation du parent sidéré parce qu’il a réussi à créer un être humain. Aussi lorsqu’un enfant paraît, les amis disparaissent. Il est vrai que c’est très vite le petit chéri qui répond au téléphone, ce qui fait qu’on a du mal à parler à ses parents : Jules organise un filtrage ultra efficace de tous les appels qui ne le concernent pas en raccrochant dès qu’il entend une vois d’adulte inconnue.
[…]
Avez-vous déjà rendu visite à des nouveaux parents accablés de jeunes enfants ? C’est effarant. Quand on arrive, vers vingt heure, les enfants ne sont évidemment pas couchés et sautent partout en criant. Pas moyen d’avoir une conversation tranquille entre amis, car leurs Gremlins vont et viennent en hurlant, font toutes les bêtises de la terre pour attirer l’attention, jettent des jouets sur les amuse-gueules. Tandis que les parents tentent de les calmer par de longues explications qui ne convainquent personne : « ma puce, il est vingt-deux heures et il est bon pour toi d’aller te coucher car le sommeil est réparateur », les invités se doivent de faire bonne figure et de ne pas montrer leur exaspération. Au bout d’une heure de charivari, l’invité se contient pour ne pas dire « Soit ils se calment, soit je me casse ».

26/11/2007

Martin Arnold

Cinéaste autrichien dont le travail est essentiellement constitué d'images de films hollywoodiens des années 40 (found footage: récup de pellicules impressionnées avec lesquelles ont crée un autre film). Martin Arnold suspend le sens et le mouvement des images grâce à un ultra-découpage et une répétition sérielle. Martin Arnold travaille image par image avec une tireuse optique qu'il a lui-même développée. Une pratique artisanale qui se rapproche fortement de l'échantillonage (sampling) utilisé dans le mouvement techno.
"Le cinéma d'Hollywood est un cinéma d'exclusion, de raccourci et de rejet, un cinéma de refoulement. Il y a toujours autre chose derrière ce qui est nous est montré, qui n'est pas représenté . Et c'est précisement cela qui est le plus intéressant à prendre en compte."


ALONE:

Passage à l'acte
Pièce touchée

Site

16/11/2007

"Doublez votre mémoire" Journal graphique de Philippe Katerine


C'est la première fois que j'écris une note sur un livre que je n'ai pas fini de lire. Mais je suis vraiment enthousiaste par la forme de ce journal, et par son contenu! C'est bourré de petits dessins, de collages, c'est publié tel quel avec l'écriture de Katerine, avec les fautes et les ratures. Il y a des jours où il écrit mieux que d'autres, le tout est très drôle, et très touchant, non seulement dans le récit, quand il évoque son opération du coeur, quand il a le sentiment que son père le prend en photo ou lui raconte une histoire pour la dernière fois,mais aussi quand il fait des croquis avec l'application d'un écolier, et que l'on voit à travers le feutre, le crayon à papier de l'esquisse par endroits, feutre qui a traversé et que l'on voit encore en tournant la page suivante, on a l'impression de tenir le journal original entre les mains. C'est vivant, ça me donne envie d'en faire un, de raconter en images mes rêves comme il le fait avec des petits dessins naïfs. L'ensemble est délirant comme ses chansons, c'est plein de poésie, bref j'adore! En plus il voue comme moi un certain dégoût voire une haine envers les oiseaux...j'aime cet homme! je me sens moins seule! Quelques extraits:



cliquez sur les images pour les agrandir

LinkWithin

Related Posts with Thumbnails